A PROPOS DES CIRCONSTANCES ACTUELLES

CHAPITRE 6 du livre de Tom Thomas « Nécessité et possibilité du communisme »

Puisque ce sont les circonstances qui permettent de dire le nécessaire et le possible pour que les prolétaires, et les peuples, ne soient pas écrasés dans la crise actuelle du capital, il convient de tirer de l’analyse qui en a été rappelée dans les deux premiers chapitres quelques conséquences essentielles quant aux enjeux des luttes actuelles. Tout en sachant qu’il ne peut encore s’agir que d’en montrer les grandes lignes, car seul le développement pratique des luttes pourra permettre de comprendre jusque dans tous les détails qui forment le concret, l’ensemble complexe des rapports de classe dans toute leur diversité et la situation du procès révolutionnaire.

6.1. Un changement d’époque

L’échec des procès révolutionnaires dans l’ex-URSS et en Chine, suivi d’un retour rapide à un capitalisme « classique », a amené certains idéologues à proclamer que le capitalisme planétaire était la fin de l’histoire. L’analyse de la crise montre que c’est bien plutôt son histoire qui touche à sa fin, voire en même temps celle de l’humanité s’il n’y est pas mis fin. Les circonstances de l’époque actuelle s’y dévoilent en effet comme celle d’une crise chronique allant s’aggravant, de l’impossibilité pour le capital global de retrouver les conditions d’une nouvelle croissance quelque peu durable comme cela avait pu être le cas, après la Seconde Guerre mondiale. Il ne peut subsister, en se dégradant, que par des moyens catastrophiques pour les conditions de vie des peuples, sans même évoquer les destructions massives de toutes espèces.

Dans le même temps les conditions matérielles d’une abolition du capitalisme, donc de la condition de prolétaire, sont aujourd’hui infiniment plus mûres quelles ne l’étaient pour ces révolutions114, y compris dans leur composante internationale. Sénilité du capitalisme, nécessité vitale et possibilité du communisme sont les caractéristiques générales de l’époque actuelle: une nouvelle époque.

Dans des circonstances, aujourd’hui dépassées, où le travail contraint, en quantité massive, pèse encore comme une lourde nécessité, où il ne peut pas être rapidement réduit du fait de l’immaturité du développement du capitalisme, les prolétaires, sur qui il pèse, ont surtout à l’esprit l’exigence d’une amélioration de leur sort matériel et non pas, pour la plupart, l’abolition de leur existence de prolétaire. Amélioration que le capital lui-même peut accorder dans une certaine mesure du fait qu’il a encore des possibilités de gains de productivité, qu’il n’est pas encore sénile. Situation qui conforte notamment deux idées:

1°) Qu’une telle lutte « réformiste » est payante.

2°) Que l’occupation de l’État, qui semble pouvoir arbitrer à sa guise le conflit des intérêts particuliers sur la répartition des richesses au nom de l’intérêt général, par des partis politiques « de gauche » est une condition essentielle pour obtenir les plus grands succès en termes de niveau de vie115. Cette orientation a caractérisé la majeure partie du mouvement ouvrier du XXesiècle. Y compris quand il se réclamait du communisme. Cette majorité était acquise peu ou prou aux thèses staliniennes, dont nous avons rappelé qu’elles prétendaient faire du Prolétaire, stakhanoviste infatigable et profondément dévoué à l’État qui le couvre de ses bienfaits, « l’Homme Nouveau ». Or, la révolution communiste ne veut pas faire du prolétaire un modèle, ni ne veut se contenter d’améliorer sa situation matérielle, elle veut réussir le procès de l’abolition de la condition de prolétaire.

Laissons de côté le XXesiècle. Quel que soit l’avis qu’on peut avoir sur le mouvement ouvrier de cette époque, cela ne peut pas amener à nier que les circonstances du XXIesiècle sont tout autres, et qu’elles mettent nettement cette abolition à l’ordre du jour. Comme on l’a vu, elles sont caractérisées par la diminution drastique de la quantité de travail prolétaire et la stagnation de la croissance capitaliste, voire la récession. Elles sont une tendance forte à la disparition du travail salarié comme moyen de vie des prolétaires, soit qu’ils soient chômeurs plus ou moins permanents, soit que les salaires et conditions de travail que le capital peut consentir ne leur permettent pas de vivre et qu’ils sombrent dans une misère effroyable, au point d’être souvent mortelle116, ou, dans les pays riches, survivent à peine d’aumônes de l’État ou de puissances financières voulant se payer pour trois fois rien, et avec force médiatisation, un visage humain. En même temps, de larges fractions de la petite bourgeoisie, excitée par des politiciens et leurs journalistes, se déchaînent contre cet « assistanat » dont on leur fait croire qu’il les lèse.

Bref, les circonstances sont aujourd’hui telles que la lutte « traditionnelle » des prolétaires pour l’amélioration de leur condition, ou même seulement pour avoir un emploi, ne peut que se heurter au mur du capital sénile. Ce qui ne veut pas dire qu’elle ne doit pas toujours être menée. Mais il faut avoir conscience que tant que les prolétaires resteront dans l’illusion qu’une solution aux désastres qu’ils subissent dans la crise pourrait provenir de l’État, de la pression qu’ils pourraient exercer sur lui par leurs votes, leurs défilés, ou même par leurs grèves, ils ne pourront que résister plus ou moins bien aux nécessités de la valorisation du capital. Laquelle implique, comme nous l’avons rappelé, de façon absolument incontournable, une dégradation drastique de leur condition. De sorte qu’une telle résistance ne pourra être pour eux qu’une retraite faite de compromis toujours perdants, mais que l’État leur présentera comme gagnants sous prétexte que ne pas respecter ces nécessités conduirait à pire, et que moins que rien est toujours mieux que pire.

Certains idéologues et partis cherchant à capter les votes des prolétaires pour arriver au pouvoir proposent néanmoins de poursuivre dans cette tradition du vieux mouvement ouvrier. Ils se donnent une apparence radicale en clamant que, s’ils gouvernaient l’État, ils sauraient s’en servir pour y réussir. Ils clament, par exemple, qu’ils feraient rendre gorge à la finance, qu’ils « prendraient aux riches » de quoi augmenter l’emploi et les salaires. On peut bien taxer plus, et encore plus, la finance et les riches, pourquoi pas? Mais cela ne résoudra rien des obstacles auxquels se heurtent la valorisation et, partant, la croissance du capital, dont dépend, en régime capitaliste, celle de l’emploi et des salaires (directs et indirects). Au contraire, dans la situation historiquement spécifique où se trouve le capitalisme (cf. chapitre 2), de telles mesures ne feraient qu’aggraver ces obstacles et la récession. Elles ne pourraient être radicales et efficaces que dans le cadre d’un procès révolutionnaire qui changerait ce mode de production et d’appropriation, où ce ne serait plus le taux de profit qui déterminerait laproduction, où les producteurs pourraient s’approprier les richesses parce qu’ils en auraient réalisé la condition en s’appropriant les moyens de les produire.

La lutte des prolétaires ne peut se développer positivement aujourd’hui que s’ils tirent toutes les conséquences des circonstances de l’époque actuelle, dont nous avons donné les grandes lignes dans cet ouvrage. Il leur faut donc acter la fin du vieux mouvement ouvrier, déjà annoncée dans certaines luttes des années 68 et suivantes, et confirmée par les défaites cinglantes qu’il a subies dans les années Thatcher, Mitterrand et C°.

Acter la situation nouvelle, c’est commencer par rompre avec la vieille idéologie qui prétend que l’État pourrait mettre le capitalisme au service de « l’humain » (pour reprendre le slogan de la gauche prétendument radicale française « l’humain d’abord »). C’est prendre conscience qu’il n’y a plus rien à attendre, sinon le pire, à lutter pour plus de croissance du capital, d’où pourrait soi-disant découler plus d’emplois prolétaires. Qu’il y a au contraire la nécessité et la possibilité de faire infiniment mieux, à savoir lutter pour achever la tendance à ce qu’il n’y ait plus, et pour commencer beaucoup moins, de ce travail là, à ce que tous puissent exercer une activité digne et puis riche, pour satisfaire des besoins qualitativement élevés. Bref, non pas plus de prolétaires, mais qu’il n’y en ait plus. Ce qui implique, nous y reviendrons, la lutte toujours nécessaire pour arracher de quoi vivre aujourd’hui, mais cela indépendamment de la quantité de travail prolétaire que le capital peut fournir, indépendamment de la croissance et des reculades sans cesse réitérées qu’elle implique, indépendamment du respect des formes légales de la domination bourgeoise, quand bien même se prétendraient-elles démocratiques, donc nécessairement en affrontant l’État au lieu d’en attendre le salut. C’est sur ces bases générales de leurs luttes que les prolétaires peuvent poser la première pierre de laconstruction de leur puissance: s’organiser en force indépendante face et contre celle de la classe bourgeoise: l’État. Ce qui est tout le contraire de ce que proposent les idéologues du socialisme vulgaire.

6.2. Le choix du « socialisme vulgaire »

L’expression « socialisme vulgaire » employée par Marx désigne, rappelons-le, un socialisme capable de dénoncer un certain nombre des tares, désastres et iniquités de la société, mais incapable d’en voir les causes dans le rapport d’appropriation capitaliste, qu’il méconnaît absolument, donc incapable d’y porter remède. Il pense qu’il s’agit simplement de défauts et de dysfonctionnements qu’un gouvernement de ces socialistes pourrait corriger. C’est donc un « socialisme bourgeois », qui prétend pouvoir organiser un « bon capitalisme » sans spéculateurs financiers, sans capitalistes cupides ni même exploiteurs du travail d’autrui, voire un capitalisme sans capitalistes du tout. Un capitalisme de richesses équitablement partagées. Un capitalisme rationnel, consensuel parce que l’État y serait dirigé par ces socialistes pénétrés du souci de l’intérêt général, élite éclairée, simples serviteurs dévoués de l’État, arbitres au-dessus des classes. Plus d’État, plus de croissance du capital, plus de protectionnisme, et tout cela devient miraculeusement « socialiste » par la vertu de la sempiternelle formule rhétorique qu’on y rajoute inlassablement: « dans l’intérêt du peuple » (ou d’autres formules magiques comme: « pouvoir du peuple », « démocratie participative », « l’Humain d’abord », « l’ordre juste », « le partage équitable », etc.).

C’est un socialisme qui détourne les prolétaires qu’il influence de toute activité révolutionnaire en leur faisant miroiter ce « bon capitalisme » verbal, promesse d’un Éden du bien-être matériel. Il a une religion, l’électoralisme; uneéglise toute puissante, l’État avec son pape, ses prêtres et son Inquisition. Il a de multiples dieux (ou « valeurs » dans sa novlangue): Droits de l’Homme, Égalité, Nation, Citoyen, etc.

C’est le socialisme du vieux mouvement ouvrier, mais qui se présente aujourd’hui sous une forme elle-même dégénérée de celui-ci, parce qu’il est agonisant en même temps que l’est l’époque de l’accumulation du capital à laquelle il correspondait. La gauche dite radicale qui le porte profite de ce que la crise laisse, pour le moment, les prolétaires dans un profond désarroi, sans perspectives, ce qui incite beaucoup à pencher encore en faveur des vieilles formules étatistes-réformistes qu’ils connaissent, avec leurs statues dans les mémoires (Front Populaire, Libération, Mai 68, dans l’exemple français), et qui leur promettent des résultats rapides et sans autre peine que de voter et faire voter, quitte à y ajouter la pression de quelques grèves, voire même d’une grève générale. Mais d’autres, encore peu nombreux, commencent à percevoir les nouvelles circonstances et leurs conséquences, aussi bien quant à l’impossibilité d’une nouvelle croissance qui améliorerait la situation matérielle des prolétaires, que quant au nouveau type de luttes, tant dans la forme que dans le contenu, que cela implique de mettre en œuvre.

Les années qui viennent seront donc celles d’un choix crucial. Si la majorité du mouvement prolétaire choisit d’en rester aux traditionnelles revendications réformistes-étatistes, alors cela ne pourra conduire qu’au même type de catastrophes qu’il a déjà connues dans son histoire, comme lors de la crise des années 30. Mais en pire puisque la crise est bien pire.

Revendiquer que l’État stimule davantage la croissance du capital national (ou européen, ou de tel autre groupe de nations), même en y rajoutant la formule rituelle « avec un partage équitable des richesses », c’est réclamer de resterprolétaire alors même que, premièrement, diminue inéluctablement la quantité de travail prolétaire, et deuxièmement, que le capital ne peut en employer qu’en aggravant drastiquement leurs conditions de travail et niveau de vie. C’est s’enrôler volontairement au service de « son » capital dont on espère (bien à tort) qu’ainsi, en l’aidant à se développer plus que les autres, on en obtiendra de plus grosses miettes. Ce qui ne peut aboutir qu’à un triple résultat:

1°) Accroissement des mesures protectionnistes, augmentation de la concurrence entre nations et groupes de nations, et celle entre prolétaires, ce qui est aussi toujours un soubassement au développement de la xénophobie et du racisme. Le tout conduisant aux « unions sacrées » et aux guerres selon un engrenage bien connu et, hélas, déjà expérimenté.

2°) Aggravation des conditions de travail et de vie des prolétaires, et au-delà, des couches populaires et moyennes bourgeoises. C’est une condition incontournable pour tenter de redonner quelque vigueur à la croissance, c’est-à-dire à la production de plus-value, que nous avons déjà signalée et expliquée, tout en constatant qu’elle était contradictoire avec la nécessité de réaliser celle-ci en profits puisqu’elle entraîne une diminution de la consommation des masses. Elle est donc in fine à la fois douloureuse pour elles et inopérante pour la croissance117, ce qui pousse les capitalistes à aggraver toujours plus la situation des prolétaires sous prétexte d’être compétitifs, de vendre plus que les concurrents (notamment de pouvoir exporter davantage afin de suppléer à cette baisse de la consommation intérieure). Tous faisant de même, la récession généralisée s’emballe, en même temps que la concurrence s’exacerbe.

3°) La conséquence inéluctable de ces deux premiers résultats est ce troisième: aggravation des conflits en tous genres et de leur niveau de violence. Ce qui ne peut qu’amplifier la tendance déjà en cours au développement d’États de forme ouvertement dictatoriale, répressifs et guerriers (que les structures étatiques soient à différents niveaux, nationaux, européens, otanesques, etc., est une autre question qui ne contredit pas cette tendance générale).

Ces trois résultats signifient évidemment l’écrasement des prolétaires et leur destruction par millions. Le drame est que l’idéologie du socialisme vulgaire qui contribue à y conduire a une influence certaine sur les masses populaires118. On a vu précédemment pourquoi.

Parmi les socialistes vulgaires, il faut inclure aujourd’hui une catégorie qui se présente comme nouvelle et moderne: les écologistes partisans d’un capitalisme « vert119 ». Comme ces socialistes, ils ne voient dans les désastres écologiques que des tares d’un capitalisme mal géré par des capitalistes trop avides de profits coûte que coûte. Comme eux, ils se proposent pour instaurer un « bon capitalisme », vert. Lequel aurait soi-disant le mérite de relancer la croissance et l’emploi (comme si augmenter le travail prolétaire était un must!), mais une croissance tellement vertueuse, tellement raisonnable dans l’exploitation des ressources naturelles et le respect des conditions environnementales et biologiques de la vie, qu’elle serait, ô merveille, « durable »: le capitalisme, guéri de ses excès, serait alors vraiment une histoire sans fin!

Contentons-nous ici de répondre à ce conte de fées, pour ne pas dire charlatanesque, par seulement deux remarques simples:

1°) Toute croissance, dans le système fondé sur le rapport d’appropriation capitaliste, ne peut exister que comme valorisation du capital. Ce n’est donc pas par des prélèvements sur une plus-value déjà évanescente que pourront être financés les coûts de la « modernisation » écologique du capitalisme. Ils ne pourront l’être que par le peuple, via l’augmentation des prix des biens de consommation, les travaux obligatoires (isolation thermique des logements par exemple), les réglementations contraignantes, les énergies propres et renouvelables, et via l’augmentation des taxes et impôts que tout cela implique également120. Mais le peuple voit son niveau de vie baisser implacablement: il n’aura pas les moyens de financer la nouvelle croissance capitaliste verte, y compris les nouveaux profits verts qui lui sont nécessaires!

2°) Comme tous les autres socialistes vulgaires, les Verts dénoncent certains méfaits réellement désastreux du capitalisme, mais sans en voir la racine. Par exemple, ils protestent que tout dans le monde devient marchandise. Très juste, nous l’avons rappelé, tout devient valeur d’échange, et tout dès lors doit être soumis aux exigences de la valorisation (du profit maximum). Ce qu’ils ne comprennent pas, c’est la cause de ce phénomène, en l’occurrence le rapport d’appropriation capitaliste qui engendre nécessairement ce que certains ont appelé la réification (chosification) dumonde et que toute activité y est déterminée par ces exigences. Ils ignorent donc que produire autre chose et autrement, c’est produire pour d’autres besoins, donc produire d’autres hommes, donc nécessairement construire d’autres rapports d’appropriation (voir chapitre 5, section 5.3). C’est que les hommes réunissent les conditions de se produire comme individus libérés de la domination de l’avoir, responsables et non pas aliénés, producteurs conscients de leurs vies et non pas désappropriés des conditions de cette production, individus soucieux du bien de tous parce qu’ils y trouvent leur vraie richesse, et non pas individus mesquins bornés par l’égoïsme, l’irresponsabilité et l’aveuglement qu’impliquent les rapports de l’appropriation privée. Le fond de l’affaire, c’est que les activités par lesquelles les hommes se produisent en produisant les moyens et conditions de leurs vies sont, indissolublement liés, certains rapports entre eux et avec l’environnement. On ne peut pas révolutionner ceux-ci sans révolutionner ceux-là, et réciproquement.

K. Marx et F. Engels avaient déjà décrit les principales caractéristiques du socialisme vulgaire dans Le Manifeste du parti communiste de 1848121. L’histoire a amplement montré que non seulement celui-ci a œuvré constamment à détourner les prolétaires du chemin de leur émancipation, mais, pire, combattu avec acharnement et partout, et jusqu’à les faire massacrer, les mouvements révolutionnaires et anticolonialistes.

Aujourd’hui le choix que feraient éventuellement les prolétaires, pour une large part, de continuer à s’en remettre à ces socialistes bourgeois dits « la gauche » les conduirait indubitablement à des résultats encore bien plus catastrophiques du fait de la sénilité du capital. D’ailleurs, ce « socialisme capitaliste », ou « capitalisme social », comme on voudra, ne peut leur faire miroiter, au mieux, que l’espoir que la dégradation de leur situation (les efforts et sacrifices, bien sûr « équitables », qu’ils devront faire pour surmonter la crise) serait moins pire avec eux au pouvoir qu’avec la droite!

Bref, pour les prolétaires, c’est le moment du choix. L’urgente nécessité de cette période, est de comprendre le changement d’époque, que la crise révèle clairement et dont les principales caractéristiques ont été résumées dans cet ouvrage. Et de comprendre alors qu’à ces nouvelles circonstances correspond une phase nouvelle de la lutte des classes, que cette lutte, dont la nécessité et la possibilité ont été montrées ci-dessus (chapitres 3 et 4), doit rompre avec le vieux mouvement ouvrier basé sur l’amélioration du sort des prolétaires des pays impérialistes dans un capitalisme en croissance.

6.3. Le choix du communisme

Comme tous les individus, les prolétaires, dans leurs vies, dans leurs luttes, partent toujours d’eux-mêmes, de leur situation, de leurs besoins immédiats. Il y a évidemment un rapport entre les circonstances et ces besoins. D’abord parce que les besoins sont historiquement déterminés par le mode de production et son niveau de développement. Mais aussi parce qu’ils sont plus ou moins radicaux et riches en fonction du rapport de force entre les classes à un moment donné, de la conscience qui se développe conjointement qu’il est possible de réaliser les plus hauts intérêts du prolétariat d’une époque déterminée.

Nous avons vu que le mouvement ouvrier du XXesiècle luttait surtout pour l’amélioration du rapport salarial, donc restait dans le cadre de la reproduction du rapport socialcapitaliste et de compromis avec la bourgeoisie (qu’elle soit privée ou d’État) du fait que l’importance encore grande du travail prolétaire empêchait que la possibilité d’abolir la condition de prolétaire ait une base matérielle suffisamment claire pour être perçue. Restait celle de l’améliorer. Et cela était effectivement possible dans une certaine mesure, sur le plan du niveau de vie matériel, puisque des progrès importants de la production par de forts gains de productivité étaient réalisables122. Sur cette base pouvait donc s’ancrer l’idéologie d’une amélioration progressive du sort des prolétaires dans le capitalisme à l’aide de la pression que les grèves et les bulletins de vote pouvaient exercer sur les patrons et sur leur État.

En persévérant dans cette vieille idéologie, le socialisme vulgaire n’est pas une « fausse gauche », une gauche pas assez à gauche, comme le disent certains. Il fait ce qu’il a toujours fait, et qui obtenait autrefois certains résultats matériels. Quoique en rester à ces résultats serait oublier qu’ils étaient bien maigres au regard de ceux qu’obtenait la bourgeoisie, et surtout, oublier que le rôle principal de la gauche dans l’histoire est d’avoir toujours berné le mouvement ouvrier au prétexte de telles miettes, flattant ses illusions réformistes pour mieux le réprimer et massacrer sans vergogne quand il devenait réellement menaçant en actes pour le capital. Et cela, c’est tout ce que peut faire, et fait la gauche d’aujourd’hui, puisqu’on a vu pourquoi non seulement une amélioration du sort des prolétaires n’est plus possible, mais que, au contraire, il ne pouvait qu’être dégradé dans le cadre du capitalisme, qu’il soit « libéral » ou d’État, mondialisé ou protectionniste.

Et cela, de plus en plus de prolétaires sont amenés à s’en rendre compte avec le développement des licenciements, pour beaucoup, de l’extraction de la plus-value sous sa forme absolue pour ceux qui ont encore un travail, et des « efforts » que le capital exige d’eux pour tenter de maintenir son existence (sa valorisation). Beaucoup sont obligés de constater que la lutte pour sauver leur emploi, ne les mène à rien, mais plutôt à moins que rien et à pire. L’idée se développe d’une lutte, plus générale que la résistance entreprise par entreprise, autour de l’objectif d’un partage des richesses et des revenus. Ce que propose aussi, plus ou moins, le socialisme vulgaire, mais sans pouvoir le réaliser, sinon très marginalement. Ce qui est l’occasion de faire mûrir la compréhension que cette lutte pour ce partage ne peut aboutir que si la propriété des moyens de produire les richesses est aussi partagée. Et ainsi apparaîtra que derrière toutes ces exigences d’égalité dans la possession des richesses se dessine finalement celle de l’abolition conjointe de tous les rapports d’appropriation qui sont « le capital », donc aussi celle des classes et de l’État.

Déjà l’État bourgeois, actuel, devient nécessairement la première cible du fait qu’il est obligé, dans les circonstances du capitalisme sénile, pour assurer la reproduction de la société, donc du capital, ce qui est sa fonction, d’être de plus en plus totalitaire, brutal, violent et prédateur. Sauf à renoncer à améliorer leur sort par eux-mêmes en le confiant à un État « guide et sauveur suprême », les prolétaires se forgeront nécessairement cet État comme leur commun ennemi, et se construiront par là eux-mêmes comme puissance indépendante: comme prolétariat.

Ce qui caractérise l’époque du point de vue des luttes prolétaires, ce n’est pas qu’ils ne partiraient pas de leurs besoins immédiats, qu’ils ne chercheraient plus à améliorer, ou même seulement maintenir leur vie quotidienne, et manifesteraient un besoin immédiat de communisme, lutteraient tout de go, en niant leurs besoins de prolétaires (en se niant comme prolétaires) pour le communisme (ou du moins un communisme dont certains idéologues futuristes lui fourniraient le programme tout prêt). C’est que leurs besoins immédiats de prolétaires se heurtent à cette réalité de l’époque qui est que le capital ne peut plus les satisfaire que de moins en moins, qu’il ne peut plus faire vivre les prolétaires parce qu’il ne peut plus vivre, s’enrichir d’eux123, qu’il ne peut que leur diminuer et ôter davantage les moyens de vivre. De ce fait, l’époque nécessitera plus que jamais de mettre au cœur des luttes prolétaires immédiates l’obtention des conditions matérielles d’une vie digne, salaire, santé, logement, etc., que nous regrouperons ici sous le terme général de « niveau de vie ». Ces luttes auront de plus en plus littéralement un caractère vital.

Il semblerait alors que, au moins sur ce terrain des luttes immédiates, il n’y ait pas de différence entre le choix communiste et celui du vieux mouvement ouvrier dont c’est le programme traditionnel. Or, c’est tout le contraire. Non seulement ces différences ont toujours existé, tant dans le contenu que dans la forme qui en découle, mais elles sont aujourd’hui plus aiguës encore du fait des circonstances nouvelles évoquées précédemment. Il suffit de résumer brièvement ce qui différencie la lutte communiste pour s’en apercevoir.

La lutte communiste n’attend rien de l’État actuel, d’un simple changement de gouvernement. Bien au contraire, elle vomit l’immense appareil politico-administratif qui vampirise les prolétaires. Elle ne se fixe pas les limites de la valorisation et dela reproduction du capital124, quand bien même serait-il du soi-disant « bon » capital industriel. Elle ne tient compte que du rapport des forces dans ses exigences de niveau de vie, indépendamment des exigences contraires de la valorisation du capital. Elle ne les lie pas à sa croissance, ce qui est d’autant plus juste aujourd’hui que les prolétaires, on l’a vu, n’ont rien à espérer de ce côté que de la sueur, des larmes et du sang, pour paraphraser Churchill. Ce ne sont pas les travailleurs qui détruisent l’emploi par le refus d’accepter la « réalité », le monde tel qu’il est, comme le leur reproche furieusement la bourgeoisie. Ce ne sont pas « les Chinois » et autres prolétaires « low cost » non plus. C’est le capital sénile qui détruit l’emploi et dégrade le monde comme jamais. C’est lui, et lui seul, qui doit, pour pouvoir poursuivre son existence de valeur se valorisant, exiger « la rigueur » pour « ceux d’en bas », afin de leur faire payer ses dettes, par lesquelles il se valorisait fictivement, et veut continuer à le faire, sur le dos des masses populaires chargées de rembourser125(façon indirecte de leur faire produire la plus-value). C’est lui qui arrête de faire produire des richesses pour la seule raison que les moyens de production moderne ne lui permettent plus d’obtenir un taux de profit suffisant d’ouvriers devenus trop peu nombreux par rapport à la machinerie et à la masse des parasites financiers, commerciaux, bureaucratiques, politiques et médiatiques qu’il a engendré et qu’il lui faut nourrir aussi.

Bref, on voit qu’un des points qui distingue radicalement la position communiste de celle de la gauche, toute la gauche, est qu’elle ne se fonde pas sur l’illusion d’une croissance du capital (de sa valorisation et accumulation), qui permettrait soi-disant, de surcroît, d’améliorer non seulement l’emploi mais aussi la condition des prolétaires. Elle la dénonce au contraire, et propose, tout à l’inverse, et en en montrant l’impérieuse nécessité ainsi que la possibilité, de diminuer la quantité de travail prolétaire encore bien plus que le capitalisme l’a déjà fait et continue à le faire, mais, évidemment, de tout autre façon et pour de tout autres résultats: élévation du niveau de vie par une répartition équitable des richesses, appropriation des conditions de la production garantissant cette répartition, et donc, au terme de ce procès révolutionnaire, abolition de la condition de prolétaire. La lutte immédiate pour un niveau de vie décent, le plus élevé que permettra le rapport de force, indépendamment de la valorisation et de la croissance du capital comme de la quantité de travail qu’il peut employer, est la seule que puisse mener les prolétaires s’ils ne veulent pas être broyés par lui. Parfois des idéologues de gauche ont avancé l’idée d’un « revenu d’existence » indépendant de la quantité de travail126. Mais ils le faisaient en s’acharnant à essayer de démontrer que ce revenu pouvait être à la fois décent et compatible avec le capitalisme. Au mieux cela a donné, enFrance, le minable R.M.I. (ou le Sozialhilfe en Allemagne). Tout au contraire la position des communistes est de montrer que la lutte pour un revenu permettant d’exister ne peut qu’entrer en opposition frontale avec les exigences de la valorisation du capital, se heurter à l’opposition de l’État qui, par essence comme par construction et par intérêt, doit et ne peut que se consacrer à reproduire la société capitaliste, et lui-même avec. Et il s’y oppose, quelle que soit la couleur du gouvernement, en s’en donnant et utilisant tous les moyens, jusqu’aux pires, aux plus inhumains. Cela amène donc la lutte des prolétaires, bien malgré eux127, à devoir s’adapter à cette répression, à n’en pas respecter les lois, à revêtir des formes incluant l’illégalité (et la clandestinité). C’est inéluctable puisqu’il s’agit de construire la puissance des prolétaires, et une organisation indépendante qui la fasse valoir, au lieu de s’en séparer et de la dissoudre en la confiant à l’État.

C’est bien d’ailleurs parce que la lutte immédiate des prolétaires aujourd’hui ne peut, sauf à échouer, que s’affronter à l’État qu’ils se forgent ainsi un ennemi commun. S’ils se donnent à la gauche étatiste, ils démissionnent et échouent (et bien sûr pire encore s’ils se donnent à la droite néofasciste). S’ils restent bornés à la défense de leur emploi entreprise par entreprise, corporation par corporation, ils échouent aussi, inéluctablement. S’ils s’unissent pour construire leur propre puissance, alors ils trouvent l’État contre eux voulant les écraser, mais aussi se construisent comme classe indépendante, comme prolétariat.

C’est à cette construction que les communistes veulent contribuer. D’abord en faisant valoir « la vraie parole de la lutte » des prolétaires combattant pour vivre, du moins d’abord pour vivre. C’est-à-dire en s’appliquant à déceler et à montrer ce que cette lutte implique si on comprend la racine des méfaits qu’elle combat d’abord seulement dans leurs conséquences. Ils montrent en particulier que lutter pour un réel partage des richesses, c’est lutter pour s’approprier les moyens de les produire. C’est d’ailleurs ce que Marx et Engels affirmaient avec vigueur dans Le Manifeste du parti communiste: « dans tous ces mouvements, ils (les communistes, n.d.a.) mettent en avant la question de la propriété, à quelque degré d’évolution qu’elle ait pu arriver, comme la question fondamentale du mouvement ». Question qui se résout, comme on l’a rappelé, au long d’un procès révolutionnaire qui commence par la désintégration de l’État bourgeois et de la forme juridico-financière de la propriété et se termine par l’abolition de la condition de prolétaire et le développement du travail riche, libre et gratuit pour tous.

Ce commencement nécessite en particulier que les communistes combattent toutes les illusions (les fétichismes) concernant l’État.

De plus en plus nombreux sont ceux qui s’abstiennent aux élections. Dégoûtés, ils refusent de choisir quelle caste politicienne va les plumer. Ils ne veulent pas voter au pas, gauche-droite, gauche-droite… comme on marche au pas à l’armée. Ils savent que cette alternance n’est que celle de leur subordination, pas une alternative. Mais reste sur cette base à faire mûrir l’essentiel: ce n’est pas en changeant, serait-ce en totalité, le personnel politique et dirigeant de cet État – ce que les fascistes ont aussi toujours proposé – que les prolétaires sortiront de la situation aggravée qui leur est faite aujourd’hui. Bien au contraire, ce type de « solution » – qui est fondée sur l’idée étatiste selon laquelle, si l’État n’assure pas la croissance et le bien-être du peuple, c’est que sa puissance n’est pas bien utilisée –ne fait qu’accomplir jusqu’à l’extrême la tendance existante. Laquelle, et cela a une grande importance quant aux formes de lutte et d’organisation, découle de l’analyse de la situation actuelle du capital, oblige l’État à accentuer fortement sa tendance au totalitarisme, se faire de plus en plus autoritaire et despotique.

Déjà les Parlements, quand il en existe, ne sont plus que des chambres d’enregistrement des décisions de l’exécutif (et les parlementaires de simples prébendiers). Déjà celui-ci s’est rendu de plus en plus indépendant des élections (quand il y en a), pourtant largement contrôlées par la bourgeoisie128, en démultipliant le nombre, le pouvoir et les domaines d’intervention d’instances non élues (que ce soit au niveau national ou supranational, par exemple l’Europe). Déjà la surveillance, le contrôle, l’espionnage des populations en général, et des militants en particulier, se développent à grande vitesse, et à l’aide de toutes sortes de moyens technologiques sophistiqués. Ainsi que les guerres impérialistes – misérables camouflages – « pour la démocratie ».

C’est pourquoi la seule chose qui puisse intéresser les prolétaires dans le domaine de la démocratie bourgeoise, c’est de défendre, et si possible élargir, ce qui leur est concédé de liberté de parole, d’organisation et d’action, et que cela soit concédé à tous, quelle que soit la nationalité notamment. C’est-à-dire, d’une façon générale, de droits qui facilitent, aussi peu soit-il, la prise en main par eux-mêmes de la construction de leur vie, d’augmenter leur puissance collective et individuelle. Par exemple cela veutdire qu’ils peuvent avoir intérêt à lutter avec certaines fractions démocratiques d’autres couches de la population contre l’avancée, bien réelle, d’idéologies et forces néofascistes. Évidemment de telles alliances conjoncturelles exigent, en toute logique antifasciste, de rester intransigeantes à l’encontre des idéologies étatistes et nationalistes qui nourrissent ce néofascisme, quand bien même se diraient-elles de gauche!

Aujourd’hui, la première activité libre – libre parce que construction de leur puissance propre, parce que première activité par laquelle ils transforment les circonstances en se transformant eux-mêmes de prolétaires, agents du capital en tant que tels, en prolétariat, classe, puissance offensive fossoyeur du capital – est de s’organiser en un parti communiste nouveau (en rupture avec ceux du vieux mouvement ouvrier). C’est une urgente nécessité. Mais il ne peut s’agir d’un décret de quelques individus. Il faut que les luttes immédiates des prolétaires soient suffisamment développées et avancées pour que les plus impliqués d’entre eux en éprouvent le besoin. Et il faut alors que ce besoin, qui est à la fois besoin d’une analyse scientifique129de la situation concrète du capital (de sa crise) et des nécessités pratiques qui en découlent pour les luttes prolétaires, tant dans ses objectifs que dans ses formes, se cristallise en la création d’un tel parti « d’avant-garde ».

Cette formule ayant été souvent caricaturée, il faut en rappeler brièvement le contenu que lui donnent les communistes130. Les rapports sociaux d’une époque donnée déterminent ce qu’y sont les individus, leurs idées, besoins et comportements généraux. C’est ainsi, pour reprendre cet exemple, que, dans le rapport capitaliste, les prolétaires nourrissent le capital. Mais aussi ils en dépendent pour se nourrir. Ce qui fait, comme nous l’avons rappelé, que tant qu’ils peuvent se nourrir dans ce rapport ils luttent surtout pour l’améliorer en leur faveur. Ce qui passe, le plus souvent, par un soutien à « son » capital, « sa » nation. Mais les rapports sociaux évoluent avec le développement des forces productives. Ainsi les développements de la productivité ont abouti à une situation où le capital ne peut nourrir les prolétaires que de moins en moins, voire pas du tout. Si on comprend les causes de cette situation, alors on comprend aussi qu’il est vain, pour les prolétaires, d’espérer quoi que ce soit d’un soutien à la croissance de « leur » capital. On peut alors agir sur la réalité pour la transformer en se fondant sur des bases réelles, sur le mouvement historique réel des circonstances. En l’occurrence il s’agit de ce mouvement irrépressible de dissolution du capital qui a été exposé dans cet ouvrage et du magnifique potentiel de temps libre qu’il contient, base pour créer de nouveaux rapports sociaux, de nouveaux individus.

C’est cette compréhension de la situation du mouvement historique du capital, des possibilités (incluant donc leurs limites) qu’il contient, qui est une des deux qualités essentielles qui caractérisent un parti communiste comme une « avant-garde », l’autre étant celle de l’activité pratique de ses membres dans la lutte révolutionnaire, s’y consacrant. Si, sur le plan de la théorie, les communistes ont, comme le disait fort bien Le Manifeste du parti communiste de Marx et Engels, « l’avantage sur le reste du prolétariat d’une intelligence claire des conditions, de la marche et des fins générales du mouvement prolétarien », c’est que leurs « conceptions théoriques […] ne sont que l’expression générale des conditions réelles d’une lutte de classe existante,d’un mouvement historique qui s’opère sous nos yeux ». Elles ne sont, pour reprendre cette expression, que « la vraie parole » de cette lutte.

C’est cela le rôle « d’avant-garde » du parti communiste, si souvent décrié parce que confondu avec celui d’une sorte de « Guide Suprême », de Père des Peuples vénéré et infaillible, à qui il faudrait obéir parce qu’il « sait ». Le parti communiste n’est « avant-garde » que dans la mesure où il est révélateur et catalyseur du mouvement historique réel. Non pas parce qu’il veut imposer ce que selon lui devrait être ce mouvement, mais parce qu’il est l’initiateur qui démêle, dans le mouvement réel tel qu’il est, et notamment dans le bouillonnement toujours confus des périodes révolutionnaires, le fil conducteur de ce mouvement, lui démontre ses nécessités et ses possibilités réelles, stimule ses initiatives et libère son potentiel. À l’encontre de toutes les idéologies utopiques et réactionnaires qui le traversent et l’entraînent hors de sa vérité, de ses tâches historiques telles que les détermine l’analyse des circonstances. Ce n’est rien que cela, mais ce n’est pas rien.

 

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