LA CRISE. LAQUELLE? ET APRES?

INTRODUCTION du livre de Tom Thomas « La crise. Laquelle? Et après? »

L’effondrement fantastique en 2008 des plus grandes institutions financières du capitalisme, dans ses Centres mêmes, et l’effondrement économique et social généralisé qui s’en est suivi ont suscité d’abord la stupeur des idéologues, puis sans tarder, une déferlante d’explications, portées par tous les moyens de communication et supposées montrer que les causes de la crise étaient comprises et les remèdes trouvés: ce sera long, difficile et dur (pour qui?), mais la « croissance » reviendra et, avec elle, la prospérité. Les mêmes idéologues, « experts » et plumitifs qui, la veille, expliquaient sans relâche que tout, ou presque, allait bien dans le meilleur des mondes, que tout irait encore mieux si on « libérait » davantage de toute intervention étatique les activités des agents privés et les mouvements de capitaux et si on faisait entièrement confiance aux « marchés », se sont empressés d’implorer les Etats de sauver le capitalisme de cette débâcle. Aux grands maux, les grands remèdes clament très haut tous ces faillis; aux grandes crises, les grandes ponctions murmurent-ils tout bas dans le secret de leurs clubs et de leurs bureaux ministériels. Et en effet, jamais le capitalisme n’a opéré un transfert plus gigantesque de dettes privées vers la dette publique; jamais les Etats n’ont donné autant de milliards au capital; jamais, selon la formule consacrée, ils n’ont autant socialisé les pertes afin de sauver les profits privés et les revenus pharamineux de la haute bourgeoisie et notamment de ses fractions parasitaires: financières, médiatiques, politiciennes, bureaucratiques, etc.

S’arrêter au constat de cette formule serait cependant bien insuffisant. On pourrait croire que la crise se résoudrait par un simple transfert financier: les dettes d’entreprises transformées en dette d’Etat, laquelle comblée par des ponctions accrues sur le peuple sous forme d’impôts, de diminution des prestations sociales et de santé, etc. Or cela n’est qu’une partie de la solution bourgeoise à la crise. Une mesure de première urgence pour empêcher l’effondrement immédiat du système. C’est une mesure presque infime, quant à ses conséquences pour les prolétaires, si on la rapporte à celles qui devront nécessairement être mises en œuvre – et qui ont déjà commencé à l’être – pour que la reproduction de la société capitaliste soit assurée, c’est-à-dire pour que reprenne l’accumulation capitaliste. C’est là l’essentiel et c’est ce qui va être développé dans ce livre en montrant que les causes de cette crise exigent bien d’autres « remèdes » que cette socialisation des pertes financières pour que reprenne l’accumulation (et avec elle, les catastrophes qu’elle engendre en proportion). Ou pour que commence la transition vers un nouveau mode de production et de nouveaux rapports sociaux: le communisme, la communauté des individus socialement maîtres de leurs activités.

Dans la crise, ce dont il s’agit pour le capital, c’est moins le maintien de « la privatisation des profits », car d’une façon ou d’une autre le profit est toujours par essence privatisé y compris dans la forme étatisée de la propriété, que le rétablissement de la production de profits. On le sait, telle est la détermination de la production dans le capitalisme1. Et si on tient compte de cette détermination dans l’analyse de la crise – ce qui est bien le minimum qu’on doive faire – alors on comprendra aisément qu’il ne s’agit pas d’une crise financière due à des « exagérations » incontrôlées du fait de la volonté de gouvernements « libéraux », entraînant par contrecoup une crise de l’économie « réelle » qui, elle, aurait été saine et bien portante. L’analyse selon cette détermination montrera que ni la finance, ni le libéralisme débridé, ni la mondialisation, ni une mauvaise répartition des richesses produites, ni les revenus exorbitants de la haute bourgeoisie ne sont les causes premières de la crise. Ce ne sont que des manifestations des rapports de production (ou en d’autres mots des rapports d’appropriation privée) qui fondent réellement le capitalisme et déterminent son développement historique. Ne critiquer que ces manifestations n’amène qu’à de fausses solutions. Parce qu’elles ne touchent pas à ces rapports, aux racines de la crise, elles sont dans le meilleur des cas utopiques, ou restent au stade de promesses de « moralisation » ou de « régulation » du capital, promesses fallacieuses puisque ces phénomènes sont inhérents au développement du capital et ne peuvent, par conséquent, être éliminés sans l’éliminer en même temps c’est-à-dire sans éliminer ces rapports de production. Du même coup, cela conduit à occulter ce qui est et sera nécessairement mis en œuvre par la bourgeoisie pour restaurer le procès de valorisation du capital afin d’essayer de faire se survivre la société capitaliste (quel que soit le nom dont elle s’affuble: démocratie, république, ou autre, y compris « communiste » dans le cas, par exemple, de la Chine). Il s’agit donc très prosaïquement de relancer la production capitaliste pour ce qu’elle est: production de plus-value. Cela suppose une profonde restructuration des rapports de production entre bourgeois et prolétaires, et aussi des rapports entre capitaux.

Il arrive parfois que certains commentateurs officiels reconnaissent au fur et à mesure que la crise s’approfondit qu’elle n’a pour cause fondamentale ni les erreurs des banques, ni les errements de la finance, mais « que des forces profondes agissent. Le krach est un séisme révélant le mouvement des plaques tectoniques dans les entrailles de l’économie. Une révolution souterraine est à l’œuvre en ce moment. Bien sûr, la catastrophe a éclaté dans la finance. Mais il faut bien l’admettre: malgré leur réel savoir-faire, les financiers parviennent rarement à créer une crise tout seuls »2. Mais quand bien même ils arrivent à ce constat, quand bien même ils acceptent l’idée que des « forces profondes agissent », cela est pour eux d’une profondeur insondable. Leurs explications restent toujours en surface et s’en tiennent aux seuls faits apparents.

Une compréhension réelle de la crise nécessite de ne pas se contenter d’une description des phénomènes apparents. Elle doit expliquer pourquoi cela se passe ainsi. Pourquoi, par exemple, les krachs financiers se succèdent à un rythme effréné depuis une trentaine d’années, celui de 2008 n’étant que le plus spectaculaire et le plus massif d’une longue série. De sorte que ce phénomène étant quasi permanent, il ne peut être expliqué que par des causes non accidentelles, plus profondes que de simples « exagérations » de spéculateurs cupides ou de simples insuffisances des réglementations et des contrôles étatiques. C’est ce que l’analyse marxiste du capitalisme, appliquée à son développement contemporain, permet de faire. La compréhension de ces causes permettra alors de comprendre l’extrême brutalité des mesures que la bourgeoisie est et sera obligée de prendre. Obligée par le capital, par les lois qui président à sa reproduction, obligée donc quelle que soit l’éventuelle bonne volonté sociale des dirigeants politiques, quel que soit le gouvernement à la tête de l’Etat, droite ou gauche, ou même « gauche de la gauche ». Mais cette compréhension permet aussi davantage. Elle conduit à découvrir que dans les conditions qui produisent la crise du capitalisme, il y a aussi celles qui permettent une autre issue que ce déferlement de misères, de répressions, de catastrophes et de carnages qui nous attend si la lutte de classe révolutionnaire ne se porte pas à la hauteur de l’enjeu actuel, à savoir la destruction du capitalisme pour éviter la destruction de l’humanité.

 

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1 commentaire

  1. krisad06

    Bonjour,

    Je trouve ce constat du système économique actuel (le capitalisme) assez accablant mais pourtant bien réaliste.
    On retrouve quelques arguments de Noam Chomsky dans le mécanisme d’appropriation de l’économie par une oligarchie (étatique ou privée)corporatiste.
    Pourtant des solutions restent à exploiter au niveau local:
    – entreprise coopérative, associative,
    – démocratie participative communale,
    – monnaies complémentaires.

    L’enjeu est de convaincre le citoyen lambda de voter « pour lui-même » mais localement (les municipales, c’est moins effrayant que pour les législatives).

    Au niveau national, la solution serait peut-être la formation de « réseaux » pour former un groupe de pression de plusieurs millions de citoyens afin d’exiger une nouvelle constitution rédigée par une assemblée constituantes tirées au sort.

    Alors c’est vrai ceci n’est pas faisable en un jour mais, après tout, ce sont les petits ruisseaux qui forment les grandes rivières.

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