CONSTRUIRE UN NOUVEAU MOUVEMENT COMMUNISTE

CHAPITRE 5 du dernier livre de Tom Thomas « 2015 – Situation et perspectives »

Voilà qui paraît bien utopique quand on constate l’état d’immense faiblesse du mouvement prolétaire et, l’un n’allant pas sans l’autre, des communistes aujourd’hui (et depuis longtemps).

« Il nous faut chanter les révolutions de demain et non celles d’hier auxquelles nous ne devons que le respect. » [1] C’est encore ce qu’il nous faut faire aujourd’hui, en partant de l’analyse de la situation spécifique du capitalisme contemporain, au lieu de se contenter de rabâcher les révolutions d’hier. Car si le plus grand respect est effectivement dû aux révolutionnaires du passé, les circonstances contemporaines n’ont que peu à voir avec celles de leur époque où les conditions objectives d’un processus révolutionnaire communiste étaient loin, très loin d’être mûres.

Or, nous avons vu qu’elles le sont aujourd’hui. Au point qu’on voit apparaître chez quelques intellectuels ici ou là l’idée que, sous l’effet du dépérissement en cours de la valeur que j’ai évoqué précédemment, le capital allait en quelque sorte s’écrouler de lui-même [2]. Pour certains communistes [3] cet écroulement nécessiterait malgré tout l’intervention d’un acteur, d’un sujet révolutionnaire. Mais ils ne le trouvent pas, sinon sous la forme d’un sujet mythique : des prolétaires qui ne le seraient pas, c’est-à-dire qui ne lutteraient pas à partir de ce qu’ils sont, mais comme ne l’étant plus, comme non-prolétaires. Parce que, selon eux, en tant que prolétaires ils ne pourraient être que des agents du capital, le reproduisant toujours. Ce qui n’est qu’une part d’une réalité dont ils ne voient pas le caractère contradictoire, de sorte qu’ils ne voient pas non plus la révolution communiste comme un processus dont l’abolition de la condition de prolétaire est l’aboutissement, non un début.

Ainsi pour A. Jappe [4] « le dépassement du capitalisme ne peut pas consister dans le triomphe d’un sujet créé par le capitalisme lui-même ». Pour qu’existe un sujet révolutionnaire « il devrait d’abord se passer une révolution anthropologique ». Autrement dit, le prolétaire devrait être un homme nouveau avant même le processus révolutionnaire qui construit cette transformation (transformation réciproque des hommes et des rapports sociaux). Plus généralement selon Jappe, le capitalisme ne crée pas « les bases de ce qui va le remplacer », mais uniquement misères, ravages et ruines. Ce qui « contraindra l’humanité à se débarrasser de lui. » Voilà un curieux sujet révolutionnaire qui apparaît quand même : l’humanité. Mais on ne peut pas se débarrasser du capitalisme sans le remplacer en même temps par un autre système social, qui ne tombera pas du ciel, qui doit bien avoir des fondements matériels. Alors quoi ? On n’en sait strictement rien. Ce qui est logique pour quelqu’un qui ne voit aucune base objective existante à ce qui pourrait remplacer le capitalisme. Conclusion : il n’y aurait rien d’existant aujourd’hui pour « se débarrasser » du capitalisme, sinon « l’humanité » qui devra sauter dans le vide ! La révolution est « un saut dans l’inconnu ».

Dire que tant qu’il cherche à améliorer sa condition dans le cadre du rapport salarial, le prolétaire est un agent du capital, puisqu’il reste dans ce rapport où il le reproduit et se reproduit, est enfoncer une porte ouverte par Marx il y a bien longtemps. Mais en rester là, c’est oublier que si le prolétaire cherche évidemment à améliorer son existence dans la situation concrète où il est (et c’est là, je l’ai rappelé, sa tendance spontanée au réformisme), il se heurte tôt ou tard dans l’histoire au caractère fondamentalement antagonique de son rapport au capital. Lequel se manifeste régulièrement par la dégradation et non l’amélioration espérée : dépossession accrue, chômage, misère, répression brutale des luttes, rôle de chair à canon sont le plus souvent les réponses qu’apportent les capitalistes aux besoins qu’expriment les prolétaires en tant que tels. C’est pourquoi bien des prolétaires, même s’ils ne furent pas majoritaires, ont été amenés, à partir de leurs luttes pour leurs besoins immédiats, à en élever le niveau jusqu’à vouloir éliminer les capitalistes, prenant conscience par l’expérience et la réflexion qu’ils ne sont pas seulement en concurrence avec le capital pour le partage salaires/profits, mais dans un antagonisme irréductible, qui les oppose au point que le capital à son âge sénile tend à ne même plus pouvoir les maintenir dans leur état de salarié.

Cela dit A. Jappe, et avec lui cette mouvance intellectuelle dont il est une figure, disent vrai dans leur critique de l’ancien mouvement ouvrier réformiste, notamment de sa fraction dite communiste, dirigée par la 3e Internationale stalinienne. Celui-ci en effet ne considérait le prolétaire comme sujet qu’en tant que producteur dominé et exploité par les propriétaires des moyens de production. L’avenir radieux que lui promettaient, selon ce modèle, ces partis soi-disant communistes consistait en une amélioration de son sort matériel pourvu qu’il se sacrifie corps et âme à la croissance d’un capitalisme d’État dont il subirait en fait la domination (« les cadres décident de tout », disait Staline).

Ces intellectuels –  et c’est pour cela que j’en parle ici – présentent l’intérêt d’attirer l’attention sur le fait que le but de la révolution communiste est l’abolition du prolétaire, et donc de s’interroger sur les moyens de cette abolition. Qu’ils n’en trouvent aucun déjà existant dans le capitalisme, c’est là prétendre bâtir le processus communiste sur du vide, en faire un idéal purement théorique et utopique. Mais au moins cela oblige à rappeler que les moyens matériels pour fonder ce processus qui existent dans le capitalisme ne sont pas des conditions « toutes prêtes » dès lors que le prolétariat aurait renversé l’État bourgeois et aboli la propriété privée juridique et financière en nationalisant les moyens de production et d’échange (cela contrairement à ce que Marx a parfois écrit). Or ces moyens qui permettent de fonder le processus communiste existent, mais à condition d’être transformés.

Mais ces intellectuels ont tort de séparer complètement la lutte « économique » (la lutte salariale au sens large) de la lutte pour le communisme. La première étant pour eux entièrement le fait du prolétaire, en tant que tel, agent du capital puisqu’il le reproduit ; la seconde du prolétaire qui, par on ne sait quelle métamorphose, ne le serait plus.

Car évidemment les prolétaires, comme tout un chacun, partent de leurs besoins immédiats. Ceux-ci sont variables selon les époques, les situations. Cela peut être le pain, la paix, le partage des richesses, les conditions de travail, la fin du chômage et bien d’autres choses encore. C’est lorsqu’ils réalisent, dans certaines situations, qu’ils doivent s’emparer du pouvoir pour avoir satisfaction qu’ils se forment alors en classe du fait qu’ils s’unissent contre l’État bourgeois. En tant que classe ils réalisent qu’ils peuvent et doivent être une puissance indépendante. Forts de cette puissance qu’ils ignoraient jusque-là, ils élèvent alors le niveau des besoins qu’ils veulent satisfaire et prennent conscience que les satisfaire, c’est prendre possession des moyens matériels, intellectuels, sociaux de leurs vies. Émergent ainsi avec la constitution des prolétaires en classe la conscience de la nécessité et de la possibilité d’une autre société satisfaisant des besoins radicaux jusque-là enfouis parce que considérés utopiques sous la domination de l’idéologie bourgeoise qui ne cesse de tonitruer sous toutes les formes, y compris universitaires et soi-disant scientifiques, l’acronyme thatchérien TINA, There is no Alternative que le capitalisme. Il est « la réalité » et c’est pure ignorance, pure folie que de la nier en s’opposant aux exigences de la valorisation du capital (de « la croissance »).

Or, ce qui est historiquement nouveau dans la situation contemporaine, au-delà des multiples différences selon les pays, c’est que si les prolétaires sont toujours obligés de lutter pour assurer leur survie quotidienne contre « les empiètements du capital » comme le disait Marx, cette lutte se heurte à l’impossibilité pour le capital de se reproduire sans devoir accroître terriblement ces empiétements, dégrader toujours davantage leur situation. La lutte réformiste traditionnelle, tant dans ses formes que dans ses objectifs, ne peut aujourd’hui, au mieux, que freiner quelque peu, et momentanément, le développement de cette contrainte, pas en inverser la tendance. À l’époque contemporaine, celle de la sénilité du capital, soit les luttes prolétaires échouent quasi immanquablement si elles restent sur le vieux terrain réformiste d’une croissance de l’accumulation du capital accompagnée d’un « juste partage » des richesses ; soit, nourries de l’expérience et de la compréhension des causes de ces échecs, elles s’élèvent au niveau d’une lutte de classe révolutionnaire contre l’État, cet organisateur armé de l’existence, de la reproduction du capital, de plus en plus despotique et violent à l’époque de sa sénilité.

Marx et Engels avaient prévu, dès 1848 dans Le Manifeste du parti communiste, que le capital arriverait un jour à ce stade de son développement historique où « la bourgeoisie ne peut plus régner parce qu’elle est incapable d’assurer l’existence de son esclave dans le cadre de son esclavage », incapable d’assurer l’existence du prolétaire dans le cadre du rapport salarial (des rapports de production capitalistes en général). Et voilà effectivement que cela est en train d’advenir. Voilà l’État définitivement impuissant à juguler la crise et l’accroissement de la misère sociale, qu’il doit au contraire promouvoir et organiser. Ses sommets sont occupés par diverses fractions bourgeoises, cliques et mafias aussi cyniques que parasitaires et corrompues, offrant tous les jours le spectacle insolent de leur course aux prébendes les plus grasses. Mais aussi, pour tout cela, de plus en plus déconsidérées et vomies par les peuples. Elles font comme si elles reprenaient le mot prêté à Louis XV : « après moi, le déluge ». Les concernant ce serait d’ailleurs plutôt « avec moi ».

Mais malgré ce délabrement, ce pourrissement de son trône étatique, la bourgeoisie règne encore, n’hésitant pas à recourir plus ouvertement à des moyens dictatoriaux. C’est que ceux qu’elle écrase sont en plein désarroi, leur rage et leurs colères (laissons de côté ici pour cause d’insignifiance les beaux esprits « indignés » ou « atterrés ») sans lendemain, ne générant pas encore la force organisée qui permettrait de les transformer en puissance, en classe capable d’en finir avec ce règne.

Aussi les prolétaires, dans de vieux pays capitalistes comme la France, sont dans une sorte d’entre-deux.

D’un côté, ils sont toujours en grande majorité dominés idéologiquement par les vieux fétichismes engendrés par les rapports sociaux qui sont les fondements du capitalisme. Ce ne sont pas de simples fantasmes. Ils ont une base dans les apparences que prennent ces rapports à la surface. Apparences dont les racines sont ignorées, mais qui sont néanmoins réelles. Les intellectuels bourgeois, eux-mêmes profondément imbibés de ces fétichismes, prennent ces phénomènes apparents pour toute la réalité du capitalisme. Ce réel tronqué formerait selon eux un système rationnel, répondant notamment à des « lois économiques » qu’ils connaîtraient, et qu’on ne saurait enfreindre sans conséquences ruineuses pour tous.

À propos de ces fétichismes, rappelons pour mémoire :

– Le fétichisme de la marchandise, selon lequel « l’économie » ne serait pas politique, des rapports sociaux de production historiquement spécifiques, mais de simples rapports entre les choses apparentes (marchandises, capitaux, prix, profits, monnaies, etc.) qu’ils génèrent. Simples rapports entre choses et leurs quantités, elle pourrait donc être gérée scientifiquement.

– Le fétichisme de l’argent [5], le comble du fétichisme selon Marx, selon lequel il pourrait créer de la richesse comme le poirier des poires. Il amène à critiquer « la finance » non pas en tant que telle, mais simplement pour ses « excès » qui seraient préjudiciables à la croissance. Il amène donc aussi à croire qu’en fournissant de l’argent quasi gratuitement et en grandes quantités aux capitalistes (pardon, « aux entreprises »), ceux-ci pourraient relancer la production, la croissance, alors que ce n’est pas l’argent qui leur manque, mais la possibilité de le transformer en moyens de produire de la pl.

– Le fétichisme de l’État, selon lequel il représenterait l’intérêt général commun à tous, et pourrait donc gérer l’économie selon cet intérêt, puisque justement elle est rapports entre des choses.

D’un autre côté, ces mêmes prolétaires expérimentent que ce qui les attachait au réformisme, l’amélioration de leur niveau de vie matériel, disparaît. Car ils subissent au quotidien cette réalité du capitalisme sénile qui est qu’il ne peut se survivre qu’au moyen d’une dégradation continue de leurs conditions d’existence. Tout espoir, non pas même d’améliorer leur niveau de consommation, mais ne serait-ce que d’empêcher cette dégradation, à la façon du vieux mouvement réformiste « de gauche », est voué à l’échec (en dehors de possibles succès localisés et éphémères). Au mieux les prolétaires ne peuvent, par un tel moyen, que la freiner, obtenir moins pire que pire pour un moment. Et il convient d’inclure dans ce moins pire l’avenir proche qui n’est guère pris en compte dans les consciences d’aujourd’hui : prochain krach plus destructeur que celui de 2008, désastres écologiques accrus, montée des extrémismes bourgeois, guerres, etc.

La crise (le capitalisme sénile) engendre partout une instabilité politique et sociale grandissante, des récriminations, des luttes de classe, des guerres civiles. Mais, et notamment dans les principaux pays européens, la majorité des prolétaires y sont dans cet entre-deux qui vient d’être évoqué où règnent le flou, le désarroi, les frustrations qui se traduisent parfois, ici ou là, par de brusques accès de colère, aussi rageurs qu’éphémères, des émeutes sans lendemain. Chez beaucoup, la persistance des fétichismes inhérents au capitalisme tend, avec la crise, à les pousser vers les extrémismes bourgeois [6], tels le FN ou le FG en France, ou aussi les intégrismes religieux. À cela s’ajoute qu’il y a toujours, dans les périodes de crises aiguës, une réaction conservatrice dans une partie de la population qui se rattache au passé d’avant la crise, où « on vivait mieux ». Ce passé lui semble meilleur que le présent, et bien plus encore qu’un futur qui lui apparaît confusément rempli de menaces et de troubles effrayants.

On pourrait penser que ces fétichismes persistant nécessairement peu ou prou puisqu’ils sont générés par les rapports sociaux capitalistes, ces extrémismes bourgeois seront la voie que la majorité des prolétaires choisira. Certes, c’est une possibilité, dramatique. Mais ce serait négliger les facteurs qui déjà permettent d’affaiblir cette domination idéologique, et se renforcent en même temps que la crise. Laquelle apprend, par l’expérience, que l’État est incapable d’en empêcher l’aggravation, ainsi que celle des conditions de vie des prolétaires qu’il doit au contraire dégrader pour maintenir l’existence de cette société fondée sur la valorisation du capital, ce pour quoi l’État existe lui-même. La crise enseigne beaucoup d’autres choses encore. De sorte qu’une multitude de faits, ou plutôt méfaits, viennent ainsi apporter la possibilité de saper l’idéologie bourgeoise dans le mouvement prolétaire. C’est ce genre de situation, où le présent paraît bien sombre, qui faisait dire à Marx, en 1843 : « Vous ne direz pas que je me fais une trop haute idée du temps présent, et si malgré tout je ne désespère pas de lui, c’est que sa situation désespérée est précisément ce qui me remplit d’espoir. » [7]

La situation actuelle est donc particulièrement confuse, indécise. L’extrême faiblesse du mouvement prolétaire est évidemment aussi celle des communistes. Les deux vont toujours de pair. Les prolétaires sauront-ils se constituer en classe en s’unissant contre l’État ? Les communistes sauront-ils y contribuer ? C’est en tout cas l’objectif qu’ils se fixent.

Le premier pas pour eux, aujourd’hui si peu nombreux et pourtant dispersés, est de s’unir. S’unir, c’est aussi se délimiter, en évitant ces deux écueils bien connus : le sectarisme et l’opportunisme. Ce qui impose de s’unir sur la base d’une analyse commune de la situation contemporaine, laquelle ne peut être produite aujourd’hui, dans cet état de faiblesse, que dans ses caractères généraux les plus essentiels (plus tard les analyses et les propositions d’action s’affineront, et les débats avec, en fonction des développements concrets, pratiques, du mouvement révolutionnaire). Cette première analyse commune minimum peut et doit comprendre :

1°) Les causes spécifiques de la crise : épuisement des gains de productivité et de l’accroissement de l’extraction de la pl sous sa forme relative ; dépérissement de la valeur.

2°) Les conséquences concrètes qui en découlent :

a) Sur le plan des faits objectifs : épuisement définitif de la croissance capitaliste. Pour la survie du capitalisme, obligation d’un recours accentué à l’extraction de la pl sous sa forme absolue, à une aggravation de la destruction de la nature [8], à l’élimination d’une masse accrue de prolétaires par la misère, les maladies, les guerres.

b) Sur le plan de la lutte politique, nécessité d’une opposition nette et combative aux extrémismes bourgeois d’apparence radicalement critique du capitalisme contemporain dit « libéral », type FN ou FG [9]; nécessité de la construction d’une organisation indépendante des partisans du communisme en vue de stimuler et d’orienter la lutte des prolétaires vers une destruction de l’État bourgeois ouvrant la voie vers une abolition des classes sur la base de l’augmentation du temps libre (« l’abondance ») utilisé pour abolir les divisions sociales du travail capitalistes qui fondent ces classes, c’est-à-dire généraliser le travail et les besoins riches pour tous, la maîtrise par tous des conditions matérielles, intellectuelles et sociales de la vie.

Ce premier pas n’est pas celui de la création d’un parti communiste, lequel ne peut émerger et se constituer que dans un rapport dialectique avec un mouvement prolétaire se voulant anti-capitaliste. Mais il en est une préparation. Il est l’activité communiste possible dans la situation de grande faiblesse qui est celle des communistes aujourd’hui, en transition entre un ancien mouvement communiste qui a complètement dégénéré, et un nouveau à créer en appliquant notamment ce principe de construire le vrai contre le faux, la nouvelle organisation révolutionnaire contre l’ancienne réformiste, l’indépendance et la puissance du prolétariat contre l’influence des idéologies et organisations bourgeoises en son sein.

Dans cet état de quasi-inexistence des communistes aujourd’hui, leur association ne peut dans l’immédiat que se fixer un premier but modeste : se faire entendre des prolétaires, y créer un courant d’opinion, aussi faible soit-il pour commencer, contre les fausses solutions étatistes. Pour cela il leur faut édifier un système médiatique (théorique et propagandiste) qui soit à la fois outil d’intervention auprès des prolétaires les plus curieux, les plus intéressés à élever le niveau des luttes, et outil d’unification et de progression politique de l’association au travers des débats et expériences.

Les thèmes pour commencer ce travail ne manquent évidemment pas. Par exemple :

Combattre l’idéologie des réformistes de gauche selon laquelle la crise pourrait se résoudre dans le capitalisme par la réduction des inégalités – effectivement pharaoniques – des revenus et des patrimoines, ce qui permettrait, soi-disant, de relancer la consommation et par là les investissements.

Dans le même ordre d’idée, combattre l’idée fausse que c’est « la finance » qui, captant et retenant la richesse dans sa sphère, est seule responsable du blocage de la croissance et de l’emploi. Ou encore que l’emploi pourrait être préservé par des « accords de compétitivité », qui ne sont que des marchés de dupe.

D’une façon générale combattre l’idée que la crise pourrait être surmontée au moyen d’une dégradation, terrible mais momentanée, des conditions de vie des prolétaires et des autres couches populaires, ou au moyen de l’État qui pourrait promouvoir un « bon capitalisme », vert, juste, patriote, nationaliste, selon les cas, en mettant « la finance » sous sa botte au service de tous, de « l’intérêt général ».

Cette lutte contre cette idéologie bourgeoise trompeuse et corruptrice doit être en même temps accompagnée de propositions positives. C’est à partir des luttes immédiates, des préoccupations et besoins qu’elles manifestent qu’il faut combattre les fausses solutions soutenues par cette idéologie, en même temps qu’il faut montrer quelles seraient les réponses adéquates à ces besoins, leurs conditions de réalisation, qui sont aussi celles de leur nécessaire transformation en besoins riches.

La critique communiste n’a pas pour objet de donner des leçons du haut d’une quelconque chaire « marxiste », mais de répondre à des besoins concrets tels qu’ils s’expriment spontanément dans les luttes. Elle ne dit pas que ces besoins seraient à rejeter parce qu’ils sont ceux du prolétaire tel qu’il est aujourd’hui dans ses rapports avec le capital, ceux du quotidien réifié et aliéné actuel. Elle dit « la vraie parole » de ces luttes, à savoir quels sont les voies, moyens et conditions pour satisfaire ces besoins [10], ce qui implique un processus au cours duquel ils se transforment, et donc au cours duquel les objectifs des luttes se transforment.

Ce propos sur la transformation des besoins au cours du processus des luttes pour les satisfaire mérite qu’on s’y arrête un moment. Illustrons-le par quelques exemples :

D’une façon générale, la satisfaction des besoins minimums du prolétaire pour vivre implique aujourd’hui qu’il doit prendre le pouvoir. Mais qu’est-ce à dire ? Si cela commence par la destruction de l’État bourgeois et de la propriété privée juridique et financière des conditions de la production, cela amène dès lors au besoin d’avoir le « vrai » pouvoir, c’est-à-dire le pouvoir sur tous les moyens (matériels, intellectuels, sociaux), dans tous les domaines (production, aménagement du territoire, urbanisme, logement, éducation, démographie, etc.) de la construction de sa vie, autrement dit au besoin d’abolir la condition de prolétaire.

Plus particulièrement, les revendications d’un meilleur partage des revenus et des patrimoines viennent au premier plan devant des inégalités qui dépassent l’imagination [11]. La question ne porte pas sur l’urgence évidente d’abolir ces inégalités, à tout le moins de les réduire très drastiquement, mais sur le fait que le capitalisme actuel ne le peut pas. Sa survie exige au contraire impérativement qu’il abaisse continûment le « coût du travail » et qu’il paupérise une masse accrue de travailleurs précarisés et de chômeurs. Il apparaît donc que ce besoin d’égaliser la richesse nécessite de s’approprier les moyens qui la produisent : c’est donc le besoin de possession de ces moyens, c’est-à-dire d’abolition des classes, des divisions du travail qui fondent les classes qui apparaît derrière le besoin d’égalité.

Traiter correctement, c’est-à-dire en l’examinant au fond et sous tous ses aspects, cette question du partage des richesses, de l’équité ou de l’égalité dans ce partage, est d’autant plus important qu’elle est exacerbée par la crise. C’est d’ailleurs une revendication essentielle du mouvement prolétaire depuis ses origines, qui l’a amené bien souvent à s’affronter directement contre la bourgeoisie, d’abord au sein même des révolutions bourgeoises. Ainsi la lutte des « niveleurs » en Angleterre pendant la guerre civile (1647-1649). Ainsi les sans-culottes égalitaristes pendant la Révolution française, tels ceux de la section du Jardin des Plantes qui présenta en 1793 à la Convention la revendication « que le même individu ne pourra posséder qu’un maximum ; que nul ne puisse tenir à plus de terre qu’il faut pour une quantité de charrues déterminée ; que le même citoyen ne puisse avoir qu’un atelier, qu’une boutique. » [12] Babeuf prolonge la revendication qui, dans son fameux ouvrage La Conjuration des Égaux, propose la nationalisation de la propriété, que chacun travaille selon ses talents, et que les produits de tous soient mis en commun en vue d’une distribution égalitaire. Et la revendication se poursuivra et se perfectionnera de la Commune de Paris jusqu’à la Révolution culturelle chinoise, qui eût au moins ce mérite de l’élever jusqu’à la question radicale de l’abolition de la division capitaliste du travail entre « puissances intellectuelles » et « exécutants » dominés et désappropriés.

Parlant de « la vraie parole » de ces luttes, Engels disait déjà que derrière la lutte pour l’égalité, il y avait celle de l’abolition des classes dominées et dominantes. Et effectivement, comme on vient de le voir, le partage des richesses a souvent été une revendication qui a amené une partie plus ou moins importante des prolétaires à transformer leurs luttes pour de meilleurs salaires et conditions de vie en luttes classe contre classe. Néanmoins, quand bien même elles prenaient ce caractère révolutionnaire, elles restaient des luttes de l’époque de la domination du travail contraint et répulsif, où il ne pouvait au mieux s’agir que du partage de ce travail et de ses produits – « de chacun selon ses capacités, à chacun selon son travail » –, non de son abolition, du moins pas avant une phase de développement des forces productives.

Aujourd’hui en revanche, ce qui est caractéristique c’est l’épuisement de cette quantité de travail contraint, prolétaire. Elle reste à partager pour ce qu’il en subsistera après la révolution politique, comme cela a été rappelé précédemment, ainsi bien sûr que les richesses correspondant aux nouveaux besoins produites en abondance par une machinerie ultra-perfectionnée (et qui pourra l’être encore plus puisque les gains de productivité ne seront plus freinés par la dictature des taux de profit). Le temps libre, comme rappelé ci-dessus, sera le moyen de l’appropriation par tous des conditions de la production, c’est-à-dire de l’abolition de la condition de prolétaire. C’est dire qu’aujourd’hui derrière la lutte pour le partage, pour l’égalité, il y a de façon immédiate la lutte pour le temps libre comme temps de lutte pour cette abolition (ce qui n’était pas le cas à l’époque d’Engels).

Ce disant, on rejoint un autre exemple de transformation des besoins et objectifs dans le cours des luttes : la question de la lutte pour plus de travail, pour l’emploi coûte que coûte. Cette transformation est que la « vraie parole » du besoin spontané de plus de travail peut et doit faire place au contraire à l’affirmation du besoin de moins de travail, et d’un autre travail, un travail riche. Dans les luttes pour l’emploi les communistes ne se contentent pas de s’opposer aux accords dits de compétitivité, aux fausses solutions nationalistes, protectionnistes, xénophobes, étatistes, avancées par les divers extrémismes bourgeois. Ils montrent que le capitalisme ne peut plus faire autrement aujourd’hui que détruire des emplois tout en dégradant ceux qui subsistent, et en ruinant la planète. Mais plus encore, ils montrent cette « vraie parole » de la lutte pour l’emploi, seule, formidable, magnifique perspective, et seule solution pour sauver l’humanité, que rend absolument nécessaire et tout à fait possible l’état même du capitalisme contemporain.

Il s’agit donc bien, pour les communistes, de partir des besoins immédiats, urgents, des prolétaires, mais en se fixant pour tâche, à travers la confrontation de l’expérience et de la théorie, de la liaison du particulier avec le général, des apparences avec leurs racines, de contribuer à ce que ces luttes s’engagent sur le chemin qui mène à l’abolition du prolétariat par lui-même. Populariser, faire comprendre, organiser la lutte pour ce but, c’est rompre avec le vieux mouvement ouvrier réformiste. C’est reprendre cette proposition de Marx, il y a cent cinquante ans, que les nouvelles circonstances permettent, et commandent donc impérativement de mettre à l’ordre du jour du mouvement prolétaire : « Au lieu du mot d’ordre conservateur : un salaire équitable pour une journée de travail équitable, ils [les prolétaires] doivent inscrire sur leurs drapeaux le mot d’ordre révolutionnaire : abolition du salariat. » [13]

Certes, un tel objectif communiste peut paraître bien utopique dans l’état de terrible faiblesse du mouvement prolétaire aujourd’hui, perdu dans cette situation d’entre-deux où il lui faut abandonner ses habitudes du passé et inventer un nouveau qu’il ne perçoit pas encore. Mais, à l’inverse, il est réaliste de considérer que le capitalisme sénile engendre et engendrera toujours plus les circonstances qui permettront de sortir de cet entre-deux, sa crise s’aggravant l’amènera à prendre des mesures qui susciteront des mouvements de révoltes toujours plus intenses et massives. Mais seront-elles radicales ? C’est là bien sûr le problème à résoudre. En effet, le passage des prolétaires à des positions et activités révolutionnaires ne se fait pas automatiquement sous le seul effet de conditions objectives favorables. C’est pour cela qu’il faut un parti communiste, et, pour commencer, l’unité, l’association des communistes sur une base élémentaire et une forme souple, ainsi que cela a été esquissé ci-dessus.

Pourquoi pas immédiatement un parti communiste sur le modèle bolchevick du passé disent certains, le considérant comme immuable. Parce que :

1°) Un parti qui n’aurait, dans les conditions actuelles, quasiment aucune liaison avec les masses prolétaires, en leur sein, cela ne serait qu’un ridicule groupuscule auto-proclamé, une imposture.

2°) Pour que cette liaison existe, il faut aussi qu’il existe dans le prolétariat un besoin correspondant, un besoin de dépasser les traditionnelles luttes salariales et pour l’emploi, de rechercher et construire une réelle alternative qui permette de sortir des reculades et des défaites de la période actuelle, qui rompe donc avec les partis et syndicats du système bourgeois. Sans l’émergence et l’affirmation de tels besoins, les propositions communistes ne rencontreraient qu’indifférence et hostilité [14].

3°) Enfin, et pour rester bref, quel parti ? Ceux du passé qui ont réussi à avancer sur le chemin du communisme avant d’échouer ne sont pas nécessairement un modèle. L’organisation communiste doit répondre à une situation qui n’est pas la même aujourd’hui qu’hier, et elle se modifie selon les différentes étapes du processus révolutionnaire, ou se sclérose. Elle n’a donc rien d’immuable quelles que soient les circonstances, ni dans ses objectifs stratégiques et tactiques, ni dans ses formes, ni dans les moyens qu’elle met en œuvre.

On ne discutera donc pas ici de la question de créer un parti puisqu’elle ne se pose pas encore. Celle qui se pose, c’est d’en préparer la création pour ce qui dépend des communistes eux-mêmes dans cette gestation. Tel devrait être le but d’une association souple des communistes qu’il faut aujourd’hui créer. Elle devra en particulier, et pour commencer :

1°) Se donner les moyens – notamment celui d’une revue théorique – de poursuivre les analyses et les débats sur les questions importantes sur lesquelles l’unité reste à perfectionner.

2°) Fournir ainsi aux différents membres de l’association, plus ou moins dispersés et autonomes, une base commune pour leurs activités.

3°) Organiser une centralisation des expériences pratiques afin d’en tirer, en rapport avec l’analyse théorique et son perfectionnement, une synthèse permettant de perfectionner les activités et la tactique de l’association, de nourrir le débat critique, d’améliorer la liaison avec les prolétaires. Cela jusqu’au moment où les résultats obtenus seront suffisamment probants pour pouvoir fonder un nouveau parti communiste, selon une doctrine, une forme, des objectifs qui pourront alors être déterminés par tout ce travail préalable.

En examinant les révolutions passées, finalement échouées, puis la situation actuelle du capitalisme, nous voyons finalement que deux conditions que Marx [15] posait comme conjointement nécessaires au succès d’un processus révolutionnaire communiste d’abolition de la condition de prolétaire sont aujourd’hui réunies, qui ne l’étaient pas autrefois. À savoir :

1) l’épuisement de l’accumulation (de la croissance) capitaliste, qui condamne les prolétaires à engager ce processus, ou à subir une descente aux enfers d’une ampleur, d’une violence destructrice sans précédent.

2) l’existence de conditions matérielles indispensables à son succès.

Reste à inventer et à construire la force organisée consciente « des conditions, de la marche et des fins générales du mouvement prolétarien » [16], le parti communiste adéquat à cette époque nouvelle.

 

 

[1]  Gustave Lefrançais, dirigeant de la Commune de Paris, dans Souvenir d’un révolutionnaire, éd. La Fabrique. Et aussi Lénine (O. C., T. 24, p. 135) : « La principale erreur que puissent commettre les révolutionnaires est de regarder en arrière vers les révolutions du passé. »

[2]  Voir par exemple une prédiction de ce type chez le très médiatisé J. Rifkin, dans La Nouvelle Société du coût marginal zéro, éd. Les liens qui libèrent.

[3]  Tels, par exemple, M. Postone, R. Kurz, A. Jappe, pour citer quelques-uns de ces théoriciens.

[4]  A. Jappe, Crédit à mort, éd. Lignes, 2011.

[5]  Cf. Crise 1, p. 49-74, Crise 2, chapitre 3.

[6]  Il ne s’agit plus, notamment avec les groupes néo-fascistes tel le FN, d’un réformisme classique. Les bases idéologiques reposent sur les mêmes fétichismes, mais ici poussés à l’extrême dans une sorte d’intégrisme, barbare comme tous les intégrismes. Cf. T. Thomas, La Montée des extrêmes, de la crise économique à la crise politique, éd. Jubarte, 2013.

[7]  Lettre de Marx à Ruge, dans K. Marx, F. Engels, Correspondance, E. S., I, 296.

[8]  Pour ne citer qu’une remarque d’ordre général, l’ONG Global Footprint Network a calculé que la consommation de l’humanité dépasse aujourd’hui de 50 % les réserves des ressources renouvelables (biocapacité de la planète). Dit autrement, il faudrait 1,5 Terre pour satisfaire une telle consommation. Dépassement qui, selon cette ONG, pourrait atteindre 200 % en 2050 en consommation énergétique et alimentaire adossée à une croissance démographique modérée.

[9]  Au moment où il apparaît que l’État est obligé d’organiser la dégradation continue de la situation des prolétaires pour assurer, comme c’est sa fonction intrinsèque, l’existence du MPC ; au moment même donc où il devient possible, et plus que jamais nécessaire, de combattre par des faits évidents toutes les formes de l’idéologie bourgeoise reposant sur le fétichisme de l’État, les partis de l’extrémisme étatique que sont, chacun à leur façon, le FN et le FG, font assaut de propositions pour renforcer cet État en prétendant qu’avec eux à sa tête il serait au service de la Nation, du peuple, de « l’humain d’abord », et autres sornettes. Autrement dit, ils prônent à l’égard du capitalisme et de son État une sorte d’acharnement thérapeutique au lieu de les achever enfin.

[10]  « Théoriquement, ils [les communistes] ont sur le reste du prolétariat l’avantage d’une intelligence claire des conditions, de la marche et des fins générales du mouvement prolétarien. » (Marx, Engels, Manifeste du parti communiste). Gustave Lefrançais (op. cité) devait constater à propos des Communards de 1871 que « le savoir-faire, la compréhension, ne furent sans doute pas au même degré que leurs autres qualités ».

[11]  L’ONG Oxfam a calculé qu’en 2014 les 85 personnes les plus riches de la planète possédaient autant que les 3,5 milliards les plus pauvres, soit 1 700 milliards $. Ou, dit autrement, que les 1 % les plus fortunés concentrent la moitié de la richesse mondiale. Quelle que soit l’approximation de tels calculs, il est avéré de nombreuses sources que l’écart est absolument faramineux. Mais si on distribuait ces 1 700 milliards entre ces pauvres, cela ferait 486 $ à chacun ! Une telle mesure n’améliorerait donc pas beaucoup à elle seule leur situation. Et c’est un fusil à un coup !

[12]  Cité dans A. Soboul, Paysans, Sans-Culottes et Jacobins, Paris, 1966.

[13]  K. M., Salaires, Prix, Profits, 1865.

[14]  C’est faute de tels besoins qu’en France, comme ailleurs en Europe, toutes les tentatives de construire une organisation communiste sur les supposés décombres du réformisme après mai-juin 1968, menées pourtant par nombre de militants dévoués, acquis au communisme, actifs dans la classe ouvrière, ont fait long feu.

[15]  « Une formation sociale ne disparaît jamais avant que soient développées toutes les forces productives qu’elle est assez large pour contenir, jamais des rapports de production nouveaux et supérieurs ne s’y substituent avant que les conditions d’existence matérielle de ces rapports soient écloses dans le sein même de la vieille société. » K. Marx, Contribution à la critique de l’économie politique (préface), E. S., p. 5.

[16]  K. M., F. E., Manifeste du parti communiste.

 

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1 commentaire

  1. Lorsque vous posez la question à un salarié lambda: qu’est ce que le communisme ? Il vous sortira la définition de Lénine du communisme: planification et propriété d’Etat des moyens de production.

    Touts les manuels de vulgarisation: manifeste du parti communiste,etc. se basent sur cette définition.

    Or cette définition est insuffisante(parce que la plupart ignore le contenu du Capital).Il ne touche pas au cœur même du processus révolutionnaire: le travail lui-même.

    Sous l’industrie moderne(machinisme et donc même l’industrie meut par la vapeur), le travail spécialisé engendre la surproduction, le chômage, la misère.

    L’industrie socialiste suppose donc le travail varié, et par conséquent, le plus grand développement des aptitudes physiques et intellectuels du travailleur.Ce développement du travailleur a quatre conséquences majeures:

    1° moyen unique de supprimer le chômage.

    2° moteur unique de la demande de consommation(sous le capitalisme, avec le travail spécialisé qui limite la consommation intérieure, les capitalistes se rabattent sur le commerce extérieur pour écouler la production), plus le travailleur se forme, plus sa force de travail devient complexe, plus son salaire croît rapidement.

    3° Plus le travailleur se forme à plusieurs métiers, plus son travail devient libre.Il n’est plus subordonné à un métier déterminé.

    4° Plus, les travailleurs se forment à plusieurs métiers , plus la productivité nationale augmente(à ne pas confondre avec la productivité d’une entreprise déterminée)
    Exemple: Si en 1 mois, les salariés du secteur auto sont capable de fournir les besoins en voitures de la population française, le reste des 10 mois, ils devront travailler dans d’autres secteurs se qui augmentera la productivité du travail dans ces autres secteurs.

    Donc, dès qu’on se met à produire pour les besoins de la population nationale, la capacité de production de la grande industrie implique forcement le changement de métier.
    La formation dans le plus grand nombre de métiers possibles devient la LOI DE LA PRODUCTION SOCIALE.

    Voilà ce qui distinguera la révolution à venir des  » révolutions » passés.

    Le léninisme n’a rien a voir avec le marxisme.Celui-ci signifie la suppression nécessaire du travail spécialisé.

    Cette révolution implique aussi une révolution de notre perception de l’histoire de l’URSS.Et la classe salariée ne manquera pas de le faire.

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