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LES NTIC ET LEURS EFFETS DANS LES RAPPORTS DE PRODUCTION

Publié par on Juil 27, 2019 dans Blog | 0 commentaire

LES NTIC ET LEURS EFFETS DANS LES RAPPORTS DE PRODUCTION

Chapitre 1 de l’avant-dernier livre de Tom Thomas « La face cachée des nouvelles technologies »

Comme c’est leur fonction, et comme ils l’ont toujours fait, les capitalistes n’investissent dans de nouvelles technologies que si elles permettent d’augmenter la production de pl. C’est-à-dire si elles permettent que, dans la valeur produite, la part du surtravail augmente par rapport à celle du travail nécessaire[1].

On ne s’étendra pas sur les moyens les plus évidents qu’ils utilisent pour ce faire, et qui consistent en une baisse directe, brutale des conditions de travail et de vie des masses populaires, en même temps que baissent les impôts et taxes du capital, de sorte qu’il assume de moins en moins une part des dépenses liées aux conditions générales de sa valorisation, c’est-à-dire les dépenses de l’Etat, conservant ainsi pour lui le maximum de pl.

Par contre, nous allons plus particulièrement examiner comment ils développent les NTIC[2]dans le sens de pouvoir les appliquer comme moyens d’augmenter la pl. Pour ce faire, quelques exemples significatifs suffiront.

Il est bien connu que, depuis la fin du 19èmesiècle, les capitalistes ont entamé le long mouvement de transformation des rapports de production qui avait pour but de développer l’extraction de la pl sous sa forme relative en accroissant la productivité du système de production grâce à la démultiplication de la puissance du travail ouvrier au moyen de machines de plus en plus perfectionnées. En même temps, le développement des méthodes « d’organisation scientifique du travail » (OST) prônées notamment par Taylor (décomposition du métier en gestes simples, segmenter le travail en une multitude de travailleurs, chacun occupé à un seul geste précisément chronométré, une chasse perpétuelle aux « temps morts ») permettait d’augmenter l’intensité du travail, et donc l’extraction de la pl sous sa forme absolue[3]. La chaîne fordiste est venue « perfectionner » le système tayloriste en reliant comme un seul mécanisme l’ensemble des tâches, et en imposant la vitesse de la chaîne à tous. Néanmoins chacun pouvait encore déployer quelques ruses pour gagner un peu de temps pour souffler. De plus, l’inégalité des travaux et des temps de travail sur chaque poste, des rigidités d’approvisionnement, d’entretien, etc., faisaient que le procès d’ensemble était encore plein de temps non travaillés ou non directement employés à la fabrication. Par exemple, les études menées dans les années 70 aux USA dans l’industrie automobile avaient abouti à estimer que 25% du temps des ouvriers à la chaîne de montage était perdu du seul fait de l’inégalité des temps de travail entre les différents postes[4].

L’efficacité des machines s’accroissait sans cesse. Et avec elle le travail de la plupart des ouvriers était de plus en plus vidé de ses qualités professionnelles. Les capitalistes ne se sont jamais arrêtés dans leurs efforts frénétiques pour augmenter la productivité du système de production et l’intensité du travail. Par exemple, l’électronique et l’informatique ont permis de développer les machines-outils à commande numérique (MCON) qui ont dégradé la qualité du travail, et la relative autonomie dans leur travail, de la plupart des ouvriers qualifiés, dits aussi « opérateurs » (tourneurs, fraiseurs, régleurs, etc.) qui subsistaient encore. Beaucoup ont été envoyés au chômage ou en pré-retraite, tandis que pour « ceux qui restent des opérateurs […] leur travail n’a plus grand-chose à voir avec l’ancien métier de l’ouvrier qualifié quand il fabriquait une pièce à l’aide de la machine. Il avait alors un certain type de rapport avec le plan à exécuter, avec la pièce, avec la machine qu’il réglait, dont il commandait la vitesse, la mise en route et les arrêts. Il pouvait s’arrêter un peu, discuter avec ses chefs du rythme du travail et des rendements, aller au WC ou parler avec des copains(et aussi perruquer, nda). Maintenant, c’est la machine qui commande ! Fini les temps morts. L’opérateur doit obéir et se plier au rythme du programme, à ses caprices, en surveiller constamment le déroulement, le regard allant des centaines de fois par jour de l’écran à la machine et de la machine à l’écran… »[5]

Puis les robots sont arrivés qui, le plus souvent, n’effectuent encore que des travaux simples et répétitifs auxquels étaient affectés des ouvriers peu qualifiés. Mais les « opérateurs » sont aussi touchés : « ils sont au fur et à mesure remplacés par un seul conducteur de ligne qui surveille plusieurs ilots de robots et n’a plus de lien avec la pièce. »[6]

Arrêtons là ce résumé de quelques transformations marquantes du passé. Il est évidemment extrêmement succinct. C’est que son but n’est pas de raconter cette histoire, mais seulement de faire ressortir, en comparaison, ce que les NTIC apportent, ou pas, de nouveau par rapport aux perfectionnements à la mode capitaliste – des moyens de production qui ont, jusqu’ici, perfectionné la valorisation du capital. Et, on va d’abord pouvoir constater, à travers trois exemples significatifs, dans l’industrie, dans la logistique, et dans le commerce, qu’elles ont été le moyen de transformations des rapports de production allant toujours dans le même sens que celles portées par les innovations technologiques précédentes. Mais quant au résultat en matière de gains de productivité, et donc d’accroissement de pl relative, nous verrons ensuite que c’est autre chose.

Avec les NTIC, il y a la multiplication de toutes sortes de capteurs et de réseaux d’information qui permet le « tout est connecté », et sa fusion avec l’informatique, qui mémorise tout, calcule, dessine, planifie, etc. De sorte que cette fusion permet un système de commandement, d’organisation et de contrôle des flux et des travaux de tous les segments des procès de production et d’échanges, y compris étendus à une échelle mondiale, extrêmement précis et coercitif.

Dans une usine, ce système permet une coordination et un contrôle des différents postes de travail bien plus efficace que ceux de l’ancienne échelle hiérarchique propre à l’antique « fordisme » qui allait du bureau des méthodes jusqu’aux ouvriers en passant par une multitude de « petits chefs ». Tous les postes de travail, hommes et machines, étant connectés, le fonctionnement de chacun d’eux est connu en temps réel, et l’informatique permet de tout planifier et contrôler. Tout, gestes, tâches à effectuer, réglages, approvisionnements, vitesse, qualité, etc., peut être calculé au plus juste avec une grande précision. Les maître mots des dirigeants sont plus que jamais « flux tendus » et « lean production »[7]. Flux tendus : zéro temps morts, égalisation des temps de travail entre les différents postes (zéro temps d’attente, vitesse maximum). Lean production : c’est moins de tout ce qui est coût, moins de travailleurs, moins de stocks, moins de temps pour chaque tâche, moins de frais salariaux, etc. En même temps, et pour parvenir à ces résultats, la coercition est accrue sur chaque travailleur « connecté » et donc surveillé en permanence dans tout ce qu’il fait (ou pas). Mais c’est une coercition qui, outre qu’elle est extrêmement précise et efficace, est aussi un peu mieux tolérée parce qu’elle parait due aux nécessités du progrès technique et de la compétitivité, et parce qu’elle parait ne pas relever de l’arbitraire de petits chefs fiers de leur petite autorité.

Mais le plus efficace et innovant de ce que les NTIC ont favorisé tient à leur rôle dans l’expansion de la mondialisation contemporaine des chaînes de production et de valorisation du capital (rôle qu’elles partagent avec l’abaissement considérable des coûts du transport maritime, notamment grâce au système des containers). Elles permettent en effet, à la fois de définir très précisément des travaux grâce à l’informatique (conception par ordinateur, définition des pièces, programmation des flux, etc.) et de segmenter tout aussi précisément les procès de production grâce à l’interconnexion généralisée qui permet, instantanément, la transmission des données et directives, la coordination, le contrôle, la traçabilité des pièces d’un bout à l’autre du processus menant au produit final. Ainsi une direction centrale peut diriger, faire travailler ensemble des travailleurs éloignés géographiquement. Ainsi donc elle peut développer la sous-traitance[8]et mettre en concurrence les sous-traitants du monde entier pour obtenir les coûts les plus bas, c’est-à-dire mettre en concurrence les prolétaires à l’échelle de la planète. Cet abaissement généralisé des coûts salariaux par le moyen de cette mondialisation a joué un rôle essentiel pour atténuer sensiblement la crise de la valorisation du capital ainsi que pour contrecarrer la hausse des prix des biens de consommation.

Un autre exemple de cette évolution des rapports de production au moyen des NTIC peut être pris dans le secteur de la logistique, dont l’importance s’accroît tant avec la segmentation des procès de production dont nous venons de parler, qu’avec l’expansion du « e-commerce ». Les commandes, les transports, la livraison, toute la chaîne des échanges peut, encore bien mieux qu’avant fonctionner en « flux (hyper) tendus » et « juste à temps » grâce aux NTIC. Les travailleurs y sont actionnés comme de simples rouages mécaniques de ces flux, leurs mouvements étant commandés par les « impulsions » (les ordres) qu’ils reçoivent dans leurs oreilles ou leurs yeux. Un journaliste qui, plus consciencieux que les autres, s’était embauché dans un des gigantesques entrepôts d’où Amazon, la firme emblématique du e-commerce, prépare et dispache les livraisons, décrit ainsi comment les employés y sont transformés en quasi automates[9], recevant par leur casques tout ce qu’ils doivent faire, où son chariot élévateur doit aller, suivant quel trajet optimal, quel paquet il doit saisir et scanner, puis quel autre, le tout dans un temps strictement minuté et contrôlé par tout un appareillage [10]. Il en va de même pour les transporteurs routiers, suivis à la trace en permanence.

Dernier exemple : dans les grandes surfaces commerciales. Déjà le code barre et le scanner ont éliminé le travail des caissières, le rendant quasi automate. De plus le nombre de caissières est calculé de sorte que se forme une file d’attente des clients. Assez longue pour qu’ils manifestent quelque impatience (tacite ou même parfois acrimonieuse) et fassent ainsi pression sur la caissière, pas trop pour qu’ils ne se découragent pas ni d’attendre, ni de revenir dans ce magasin (3 à 5 clients attendant serait le bon chiffre !). D’où aucun temps mort et travail accéléré pour la caissière : flux tendu ! Partout d’ailleurs où il y a encore quelques guichets (Poste SNCF, Services Administratifs, etc.) cette technique est utilisée : la pression vient des « usagers », que la bourgeoisie s’emploie à dresser contre les employés, et du contrôle anonyme par les NTIC, celui du chef est lointain et épisodique.

En attendant que ces tâches, tant dans les entrepôts que les commerces, soient effectuées par des robots – et un individu déjà « robotisé », transformé en automate humain, peut aisément être remplacé par un automate mécanique (pour le capitaliste ce n’est qu’une question de meilleurs profits). Déjà se développent, par exemple, les caisses automatiques (une seule personne surveille alors plusieurs caisses : plus de fatigue physique à faire circuler les paquets d’un côté à l’autre de la caisse, mais beaucoup plus de stress et d’épuisement psychique[11]). Un peu partout d’ailleurs le capital s’emploie à faire effectuer par les clients ou usagers des actes qui l’étaient par des salariés, comme par exemple, prendre dans les rayons, transporter jusqu’à la caisse, payer avec sa carte à un automate, imprimer son titre de transport et le payer via ordinateur, imprimante, smartphone, monter son meuble Ikéa, etc. Les individus et l’usager sont même contraints d’acheter tous ces appareils et de payer leur fonctionnement, sans quoi ils sont comme mis au ban de la société (voire condamnés à des amendes, par les services fiscaux par exemple). Economie de main d’œuvre et plus de chômage d’un côté, consommations obligatoires de l’autre : cherchez l’erreur !

Ceci dit, comparer toutes ces transformations des rapports de production permises par les NTIC à celles qui ont jalonné le développement du MPC depuis ses origines, amène à constater qu’elles ne sont que la poursuite, le développement, l’accélération du mouvement historique du capital. A première vue en effet, rien de bien nouveau quant au fond[12] : dans le MPC les forces productives, la mécanisation ne sont développées qu’en dépouillant toujours davantage les prolétaires de toute propriété, possession, maîtrise sur les moyens de leur travail, qu’en les soumettant à une coercition toujours plus intense, qu’en accroissant sans cesse les écarts de richesse entre les classes. C’est-à-dire qu’elles n’ont été développées que dans la mesure où cela permettait une évolution des rapports de production qui augmentait la production de pl, et tout particulièrement par le moyen des gains de productivité (extraction de la pl sous sa forme relative[13]), moyen le plus adéquat à un développement quelque peu durable de la valorisation du capital. Mais nous verrons au chapitre 3 qu’en réalité il y a du nouveau en ceci : avec les NTIC, ce schéma fonctionne de moins en moins, et même ne fonctionne plus (sinon épisodiquement et parcimonieusement).

Auparavant, il est intéressant d’examiner encore un dernier exemple concret qui est assez caractéristique des transformations des rapports de production permises grâce aux NTIC : le développement de micro-entreprises et d’emplois « ubérisés ».

Les micros-entrepreneurs, ou auto-entrepreneurs, sont passés, en France, de 310.600 en 2009 à 1.072.000 à fin 2016[14]. Dans l’Union Européenne, 30,6 millions de personnes le sont en 2016, soit 14% de la population active[15]. Les NTIC ont puissamment contribué à la rapide extension de ce phénomène en permettant des liaisons précises et immédiates entre les donneurs d’ordre et les individus micro-entrepreneurs qui sont leurs sous-traitants occasionnels, ainsi que la démultiplication de « plateformes » type Deliveroo, Mechanical Turk (Amazon), Uber, etc., auxquelles sont rattachés de nombreux auto-entrepreneurs soi-disant indépendants. Dans ce domaine, l’hypocrisie des capitalistes atteint un sommet : l’auto-entrepreneur exercerait un travail « pour soi », exercé en toute liberté, à son rythme, selon ses besoins, sa créativité, etc.[16]

La réalité est évidemment toute différente. En 2013, en France, les micros-entrepreneurs gagnaient en moyenne 410 euros mensuels (moins que le RSA !). « Plus d’un sur quatre touche moins de 70 euros par mois et la moitié moins de 240 euros »[17]. Les plateformes s’exonèrent de toutes charges sociales (excellent pour leurs profits) : elles ne paient aucune assurance maladie, aucun congé payé, aucune assurance chômage, aucune cotisation retraite, etc. Tout est à la charge de « l’entrepreneur libre », y compris de financer lui-même ses outils de travail (voiture, ordinateur, ou autres). Il paie à la plateforme le coût du service rendu (lui fournir un client) plus le profit qu’elle empoche, tout en devant se plier à toute une série de contraintes fixées par elle, minutieusement détaillées, sur la façon d’exercer son travail. Bien évidemment, il s’agit en fait de « nouvelles formes d’exploitation et de servilité. Ces travailleurs sont très majoritairement issus des classes populaires […] tandis que les administrateurs et les clients appartiennent surtout aux classes supérieures… »[18]Le système de ces plateformes type Uber est fondé sur l’inversion juridique, purement formelle, du rapport de production réel. Le travailleur « ubérisé » est juridiquement considéré comme un entrepreneur indépendant passant un contrat avec un fournisseur de clients. Ce n’est bien sûr qu’un grossier camouflage du rapport réel qui est celui de l’entière domination de la plateforme sur ce travailleur et d’une exploitation du travail d’autrui s’exonérant de toutes les contraintes et charges financières, encore plus ou moins subsistantes, quoique de moins en moins, du rapport salarial.

Bref, avec les NTIC et les auto-entrepreneurs, le capital parvient à opérer non seulement une dégradation du rapport salarial, mais aussi sa suppression formelle, juridique. Reste, dans le rapport réel, tous les éléments de ce rapport : domination, exploitation, coercition, etc. Reste une sorte de travail à la tâche, où le travailleur, individu isolé, mis en concurrence permanente avec des milliers d’autres par la grâce d’Internet, n’est plus que payé au coup par coup, pour des « missions » (la fourniture de prestations, de résultats préalablement définis) de caractère temporaire, parfois même de quelques heures seulement, et renouvelables au gré des besoins des donneurs d’ordre.

Reste à voir maintenant si toutes ces transformations des rapports de production permises par les NTIC produisent les effets qu’en attendent les capitalistes, et surtout leur maître, Le Capital.

[1]Rappelons que cette valeur V se décompose en V = Cc + Cv + pl, ou Cc (capital constant) représente la valeur du travail passé (quantité de travail contenue dans les bâtiments, la machinerie et ses approvisionnements), Cv, la valeur de la force de travail (travail nécessaire : la quantité de leur travail qui est nécessaire aux travailleurs pour reproduire leur force de travail et qui leur revient sous forme de salaires), et pl, la plus-value (surtravailquantité de travail fournie par les travailleurs et qui revient au capital lors de la vente, grossissant le capital engagé A= Cc + Cv).

[2]Encore plus « révolutionnaires » dans l’avenir, seraient les NBIC : nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives.

[3]Pour un commentaire sur pl relative et pl absolue, et notamment pour comprendre pourquoi les gains de productivité (pl relative) sont le moyen essentiel de la valorisation du capital, voir annexe.

[4]Cf. TT 1988, p.47.

[5]Michel Kamps (ouvrier câbleur), Ouvriers et Robots, éd. Spartacus, 1983.

[6]Enquête à l’usine Valeo d’Etaples, Libération 21.02.2018.

[7]Lean : maigre ; lean production : économiser sur tout.

[8]Cf. TT 2003.

[9]Ils sont en voie d’être rapidement presque tous remplacés par de vrais robots.

[10]Cf. J.B. Malet, En Amazonie, Infiltré dans le meilleur des mondes, éd. Fayard 2013. Depuis, on apprend (février 2018) qu’Amazon a déposé un brevet pour un bracelet qui, fixé au poignet de l’employé, indiquerait tout, à chaque instant, de ce qu’il fait, où il est (heureusement il ne serait pas encore capable de dire à quoi il pense). Il lui dicterait même la bonne position de ses mains sur le colis !

[11]« Burn out » pour les snobs.

[12]Cf. TT 1988.

[13]Cf. annexe.

[14]Ils sont 4,7 millions au Royaume Uni en 2016, un tiers de la population active aux USA, (Cahiers Français n°398, mai-juin 2017, p.6).

[15]Le Monde Diplomatique, décembre 2017, p.18.

[16]Hervé Novelli, du gouvernement Fillon, fanfaronnait en 2009 : « Il n’y a plus d’exploiteurs et d’exploités. Seulement des entrepreneurs : Marx doit s’en retourner dans sa tombe. » Le Monde diplomatique, décembre 2017.

[17]Le Monde Diplomatique, décembre 2017, p.18.

[18]Cahiers Français n°398, mai-juin 2017, p.6.

 

LA FACE CACHÉE DES NOUVELLES TECHNOLOGIES

Publié par on Avr 30, 2019 dans Blog | 0 commentaire

LA FACE CACHÉE DES NOUVELLES TECHNOLOGIES

Introduction de l’avant-dernier livre de Tom Thomas « La face cachée des nouvelles technologies »

En ce début 2018, la toile de fond de la situation du capitalisme contemporain est toujours constituée des énormes obstacles auxquels se heurte la valorisation du capital. Certes, cela revêt des aspects concrets différents suivant les régions du monde et leur place dans les chaînes mondiales de la valorisation. La crise n’y a pas partout la même intensité. Néanmoins elle sévit partout, mondialisation oblige. Crise mondiale, mais aussi crise chronique, entrecoupée de quelques faibles soubresauts, puisque ces obstacles sont insurmontables, dont les causes essentielles ont déjà été analysées à plusieurs reprises[1], on n’y reviendra donc pas ici.

Il est d’ailleurs instructif d’observer que les économistes officiels sont de plus en plus nombreux à reconnaître que certaines caractéristiques de cette crise leur paraissent sérieusement inquiétantes. Par exemple Mr. P. Artus, chef économiste de la puissante banque d’affaire Natixis, constate[2]qu’il s’agit d’une « stagnation séculaire », et poursuit : « Quand on regarde l’ensemble de l’OCDE[3], on constate un affaiblissement continuel de la croissance de la productivité du travail et de la productivité globale des facteurs[4]. La productivité du travail augmentait de 2% par an dans les années 90(et 5% dans les années 70, nda) et au début des années 2000, aujourd’hui, c’est 0,6% par an ; la productivité globale des facteurs augmentait de 5% par an, aujourd’hui, c’est 0,5%. » Cependant Mr. Artus, comme tous ses collègues, ignore les causes profondes de cet effondrement des gains de productivité. Donc il ne comprend pas pourquoi les capitalistes ne parviennent pas à les revigorer. Il ne peut alors, désorienté, que s’étonner que cela n’advienne pas bien que « le nombre de robots par emploi a doublé en 20 ans(dans ces pays, nda), l’investissement en nouvelles technologies a plus que doublé en pourcentage du produit intérieur brut (PIB) ». Ce qui aurait dû, selon les économistes, comme cela a toujours été le cas dans le passé après de tels investissements, permettre une relance de ces gains.

Encore plus nombreux sont les hauts fonctionnaires du capital qui s’inquiètent de ce que le moyen qu’ils ont eux-mêmes choisi pour empêcher l’effondrement généralisé du MPC après le krach de 2008 – à savoir l’émission monétaire ultra-massive afin de sauver les banques de la faillite et d’offrir aux entreprises, aux Etats, aux consommateurs un crédit quasiment illimité et gratuit[5]– aboutisse, ce qui est effectivement inéluctable, à un nouveau krach financier, bien plus ample et destructeur que le précédent.

On le sait, le niveau d’endettement de l’économie mondiale atteint des niveaux inouïs, 275% du PIB mondial en 2016 selon la Banque des Règlements Internationaux (BRI), 226.000 milliards $ en octobre 2017, soit 324% de la production économique annuelle, selon l’Institute of International Finance (IFI). Mais à quoi ont servi ces gigantesques monceaux d’argent ? A trois choses essentiellement. A renflouer les caisses des banques, des entreprises, des Etats dont les Banques Centrales rachetaient les dettes en émettant de la monnaie (elles sont devenues leurs créanciers, mais ne seront jamais remboursées). A soutenir les cours boursiers, les entreprises utilisant l’argent moins pour investir que pour racheter leurs propres actions et augmenter les dividendes (ainsi par exemple, sur les dix dernières années, les 500 grandes sociétés composant l’indice boursier américain Standard and Poor’s ont versé des dividendes et racheté leurs propres actions pour un montant supérieur aux bénéfices réalisés). A financer des fusions et acquisitions d’entreprises (élimination de concurrents, concentration du capital). Tout cela ne constituait pas d’investissements productifs de réelle croissance, mais à coup sûr productifs d’une gigantesque bulle financière de capital fictif (d’argent qui rapporte de l’argent sans passer par un réel processus de production de pl).

Bref, le capital s’est maintenu en vie après le grand krach de 2008 en se dopant de plus en plus à l’émission monétaire. Il est comme le drogué qui doit sans cesse augmenter sa dose… jusqu’à l’overdose : un nouveau krach.

Le plus extraordinaire est que la plupart des hauts fonctionnaires du capital le savent très bien. Comme, par exemple, Hervé Hannoun et Peter Ditus, ex-dirigeants de la BRI, qui affirment : « Ces politiques sont irresponsables[…] Les apprentis sorciers ont construit un modèle de croissance basé sur la dette qui nous conduit tout droit vers le prochain krach financier. »[6]Et presque tous reprochent aux gouvernements de ne pas avoir profité du moment de relatif répit dans le mouvement d’approfondissement de la crise que cette politique d’émission monétaire massive avait permis pour avoir engagé les réformes de « structure » qui, selon eux, auraient revigoré la « croissance », la vraie, celle de la production de pl, pas celle de l’émission monétaire.

Pourtant ce reproche est injustifié. Les gouvernements Reagan, Thatcher, Mitterand, par exemple, sont bien connus pour avoir engagé vigoureusement de telles réformes dites « d’austérité » et de « rigueur » (à l’encontre des classes populaires seulement), ou aussi « libérales » (libérer le capital des charges fiscales et autres qui entravent ses profits). Mais elles n’ont pas pu produire les résultats escomptés. Loin de comprendre pourquoi – ce qui serait comprendre que le capital a atteint l’âge de sa sénilité, a fait son temps et eux avec[7]– ces fonctionnaires s’imaginent que l’échec provient du fait qu’ils n’ont pas assez durement « réformé ». Ils s’acharnent donc à accentuer toujours davantage cette politique, sans autre résultat que de dégrader toujours davantage les conditions de travail et de vie des masses.

Beaucoup pensent que les NTIC (Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication : fusion de l’informatique et des télécommunications en un système de réseaux) et la robotisation leur fourniront de nouveaux moyens pour surmonter cet échec. Une fois encore dans l’histoire du capitalisme, des progrès technologiques spectaculaires, vite baptisés « nouvelle révolution industrielle », permettraient de nouveaux gains de productivité qui revigoreraient la production de pl. C’est cette idée que nous allons plus particulièrement critiquer dans cet ouvrage. Ceci en examinant quelles transformations les NTIC permettent aux capitalistes d’opérer dans les rapports de production – puisque ce sont certains rapports de production qui produisent la pl et non pas « la technologie ». Cet examen permettra de savoir dans quelle mesure ces transformations peuvent ou pas induire de tels gains, et bien évidemment, de savoir aussi quels sont leurs effets sur la situation des masses populaires, particulièrement des prolétaires.

[1]Cf. TT 1999, 2004, 2009, 2011d, 2014.

[2]Les Echos, 27.12.17.

[3]Organisation de Coopération et de Développement Economique, regroupe 35 des pays les plus développés.

[4]Indice qui se rapproche le plus de la productivité « vraie » dans le MPC, celle qui se traduit par une augmentation de la pl relative (cf. annexe).

[5]Se sont même développés des crédits à taux négatifs : des Etats étaient payés pour emprunter !

[6]Cités dans Les Echos, 18.12.2017.

[7]Cf. note 1.

VILLE ET CAPITAL

Publié par on Mar 26, 2019 dans Blog | 0 commentaire

VILLE ET CAPITAL

Parution du dernier livre de Tom Thomas sur la ville et le capital aux éditions Jubarte, il est disponible à la librairie du Point du Jour (58 rue Gay-Lussac 75005 Paris, tel: 01 43 26 20 17, courriel: librairie-lpj@wanadoo.fr) au prix de 8 euros.

QUATRIEME DE COUVERTURE

Les villes existent depuis longtemps. Mais pas les villes-mégapoles tentaculaires qui sont une caractéristique du capitalisme contemporain. Produits de ce capitalisme devenu sénile, elles en reflètent et accroissent les contradictions propres à son âge, en contribuant davantage à sa ruine qu’à son développement. Sans oublier qu’elles dégradent abominablement toutes les conditions de vie. Ce sont là des effets inéluctables, puisqu’ils ont leur cause dans un développement urbain qui n’est lui-même qu’une manifestation du développement automate du capital, bien plus que de libres choix de ses fonctionnaires, les capitalistes.

Cette formidable dégradation, ajoutée au fait qu’une masse toujours croissante de prolétaires, de plus en plus chômeurs ou précaires, y sont concentrés, fait de ces mégapoles des lieux essentiels de luttes très diverses et quasi permanentes, alors même que s’étiolent les vieilles luttes syndicales limitées aux rapports ouvriers-patrons dans les usines. Ces luttes « urbaines » sont l’amorce d’une lutte de classe révolutionnaire pour abolir le capitalisme, pour établir un processus de transformation radicale de l’organisation de l’espace ainsi que des rapports hommes-nature. À la condition de passer des luttes contre les effets ruineux de ces mégapoles à celles contre la cause de leur existence.

 

LA FACE CACHÉE DES NOUVELLES TECHNOLOGIES

Publié par on Juin 20, 2018 dans Blog | 4 commentaires

LA FACE CACHÉE DES NOUVELLES TECHNOLOGIES

Parution du dernier livre de Tom Thomas sur la face cachée des nouvelles technologies aux éditions Jubarte, il est disponible à la librairie du Point du Jour (58 rue Gay-Lussac 75005 Paris, tel: 01 43 26 20 17, courriel: librairie-lpj@wanadoo.fr) au prix de 8 euros.

QUATRIEME DE COUVERTURE

La nécessité se fait chaque jour plus impérieuse d’abolir un capitalisme qui entraîne l’humanité à sa perte, en même temps que s’affirme toujours plus fortement l’existence des conditions matérielles de son abolition par le moyen d’un processus révolutionnaire inédit. Pourtant, de tous côtés se démènent des idéologues qui nous proposent de pseudo-remèdes soi-disant capables de régénérer ce système mortifère. Les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) seraient l’un d’eux !

Dans cet ouvrage est expliqué en quoi et pourquoi elles ne produisent que tout le contraire, dégradant davantage les conditions de vie des masses populaires sans pour autant pouvoir sortir le capital de sa crise.

L’analyse ici produite des effets des NTIC, telles qu’elles sont développées comme moyens pour la valorisation du capital, amène finalement à comprendre que construire l’avenir ne se pose pas en termes de croissance ou de décroissance du capital, mais bien de son abolition qui, seule, permettra aux individus de prendre en main leur destin et de stimuler les progrès scientifiques et technologiques dans une tout autre direction que celle de n’être qu’au service de la valorisation du capital.

 

A PROPOS DU « POPULISME » : UN COMMENTAIRE DES ELECTIONS DE 2017 EN FRANCE

Publié par on Oct 20, 2017 dans Blog | 0 commentaire

A PROPOS DU « POPULISME » : UN COMMENTAIRE DES ELECTIONS DE 2017 EN FRANCE

Postface du dernier livre de Tom Thomas,  » Le capital automate », paru début novembre aux Editions Jubarte et disponible à la librairie du Point du Jour.

Ces élections sont une occasion pour revenir sur le qualificatif « populisme », terme mystificateur comme on va le voir, mais abondamment utilisé dans les médias pour stigmatiser les partis FN et Insoumis. La montée de l’influence de ces partis auprès d’un nombre non négligeable de prolétaires a en effet bien montré l’importance qu’il y avait à mener combat sur le fait qu’il ne sert à rien de remplacer, comme ils le préconisent, des dirigeants du MPC par d’autres qui se prétendent « anti système » alors même qu’ils n’aspirent qu’à diriger eux-mêmes ce système dans le but avoué de mieux stimuler sa « croissance », c’est-à-dire la valorisation et l’accumulation du capital.

(suite…)

LA « VRAIE » GAUCHE ET LE CHOMAGE : ILLUSIONS ET MYSTIFICATIONS

Publié par on Fév 26, 2017 dans Blog | 1 commentaire

LA « VRAIE » GAUCHE ET LE CHOMAGE : ILLUSIONS ET MYSTIFICATIONS

Quelles que soient ses différentes fractions (« frondeurs » du PS, P.C., mélanchonistes, etc.), la « vraie » gauche assure pouvoir relancer la croissance (mais laquelle, sinon celle du capital ?) et l’emploi (mais lequel, sinon le travail aliéné propre au capitalisme ?) en menant une politique « anti austérité ». Elle le ferait en augmentant la consommation, laquelle augmenterait ensuite mécaniquement la production, au moyen d’une augmentation des dépenses à la fois publiques (grands travaux, amélioration des services publics, développement d’un capitalisme « vert », etc.) et privées (hausse des salaires et prestations sociales).

(suite…)

VERS UN NOUVEAU MOUVEMENT COMMUNISTE

Publié par on Déc 26, 2016 dans Blog | 0 commentaire

VERS UN NOUVEAU MOUVEMENT COMMUNISTE

Parution du dernier livre de Tom Thomas sur les possibilités d’un nouveau mouvement communiste, il est disponible à la librairie du Point du Jour (58 rue Gay-Lussac 75005 Paris, tel: 01 43 26 20 17, courriel: librairie-lpj@wanadoo.fr) au prix de 9 euros.

QUATRIEME DE COUVERTURE

Les conditions objectives d’un processus révolutionnaire menant au communisme sont aujourd’hui réunies, alors qu’elles ne l’étaient pas hier au XXe siècle. Un communisme défini dans la conception marxiste du terme, donc à l’opposé de celle des partis et régimes staliniens alors dominants.

Tom Thomas identifie les limites générales des mouvements ouvriers de ce XXe siècle, ainsi que leurs fondements objectifs. L’analyse de la situation contemporaine l’amène à affirmer que ces limites ont été abolies par les transformations du capitalisme lui-même. Une situation si différente qu’elle permet, et exige, le succès d’un mouvement communiste lui-même transformé, nouveau. Lequel reste à construire en tant que tel, et non pas en essayant de reproduire celui des temps anciens.

 

DE LA SITUATION ACTUELLE

Publié par on Fév 15, 2016 dans Blog | 1 commentaire

DE LA SITUATION ACTUELLE

PREAMBULE

Le texte qui suit a été terminé d’écrire en octobre 2015, donc avant les carnages parisiens du 13 novembre. Il traite néanmoins de cette actualité, et c’est pourquoi je n’y ai rien changé lors de sa publication en décembre. Il en traite en ceci qu’il propose de rentrer dans le vif d’une situation que ces carnages n’ont fait que confirmer. Les questions qu’ils posent sont en effet : de quel terreau, de quel ventre sortent toutes ces bêtes immondes qui ravagent le monde contemporain, et pourquoi le ravagent-elles avec une sauvagerie et une ampleur qui ne cessent de croître[1] ? Partout en effet des guerres impérialistes, partout des populations écrasées, rendues chaque jour plus misérables, partout l’émergence de comportements et organisations néofascistes, de type FN ou Tea Party, ou théofascistes, de type Daech ou sioniste (du déjà vu dans les années 30).

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CONSTRUIRE UN NOUVEAU MOUVEMENT COMMUNISTE

Publié par on Jan 14, 2016 dans Blog | 1 commentaire

CONSTRUIRE UN NOUVEAU  MOUVEMENT COMMUNISTE

CHAPITRE 5 du dernier livre de Tom Thomas « 2015 – Situation et perspectives »

Voilà qui paraît bien utopique quand on constate l’état d’immense faiblesse du mouvement prolétaire et, l’un n’allant pas sans l’autre, des communistes aujourd’hui (et depuis longtemps).

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MÛRISSEMENT DES BASES MATÉRIELLES DU COMMUNISME DANS LE CAPITALISME CONTEMPORAIN

Publié par on Déc 18, 2015 dans Blog | 1 commentaire

MÛRISSEMENT DES BASES MATÉRIELLES DU COMMUNISME DANS LE CAPITALISME CONTEMPORAIN

CHAPITRE 4 du dernier livre de Tom Thomas « 2015 – Situation et perspectives »

Le communisme n’est pas une société idéale inventée de toutes pièces par quelques penseurs plus ou moins bien inspirés. C’est l’évolution historique du capitalisme qui fait apparaître sa barbare sénilité. Cela au moment même où il a développé à un maximum, mais qu’il ne peut plus dépasser, les forces productives. Et cette situation qui le plonge dans une crise chronique catastrophique contient concomitamment les moyens matériels de construire une tout autre société (c.-à-d. d’autres rapports sociaux), une communauté d’individus aux besoins, facultés et activités élevés, qualitativement riches.

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DÉCLIN ET DISPARITION DES BASES MATÉRIELLES DU RÉFORMISME SOCIAL-DÉMOCRATE

Publié par on Déc 5, 2015 dans Blog | 2 commentaires

DÉCLIN ET DISPARITION DES BASES MATÉRIELLES DU RÉFORMISME SOCIAL-DÉMOCRATE

CHAPITRE 3 du dernier livre de Tom Thomas « 2015 – Situation et perspectives »

La situation actuelle révèle au grand jour l’ampleur d’un phénomène pourtant engagé depuis les années 70 en Europe (et ailleurs) : la dégradation jusqu’à sa disparition de la situation qui nourrissait et stimulait le traditionnel réformisme social-démocrate [1]. En effet, son analyse montre [2] que la crise actuelle n’est pas seulement une crise classique de suraccumulation de capital corrélative à une sous-consommation des masses, mais que sa caractéristique la plus significative réside dans un épuisement structurel des gains de productivité. Autrement dit un épuisement de l’accroissement de l’extraction de la pl sous sa forme relative, la seule qui permette une poursuite, autre que ponctuelle et éphémère, de la valorisation du capital (c.-à-d. de la croissance) de l’époque moderne (production de masse très mécanisée, nécessitant une consommation en augmentation constante). Épuisement insurmontable puisque les gains de productivité passés ont fini par abaisser à un tel point la quantité de travail productif de pl employé par le capital, donc la valeur des marchandises que mesure cette quantité, que le mouvement de la valorisation de cette valeur (la production de la pl) – lequel est l’existence du capital – stagne, et même régresse (mouvement de dévalorisation). À valeur évanescente, valorisation évanescente. Dit autrement, comment le capitaliste en général pourrait-il augmenter la productivité, et l’extraction d’une plus grande quantité de pl relative, quand cela nécessiterait un gros investissement pour améliorer une machinerie déjà hautement sophistiquée, tandis que l’économie de main-d’œuvre productrice de pl qu’il pourrait ainsi réaliser serait faible puisque celle-ci compte déjà pour relativement peu dans ses coûts de production (de l’ordre de 10 % pour les grandes entreprises) ?

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DES BASES DU RÉFORMISME CHEZ LES PROLÉTAIRES

Publié par on Nov 22, 2015 dans Blog | 1 commentaire

DES BASES DU RÉFORMISME CHEZ LES PROLÉTAIRES

CHAPITRE 2 du dernier livre de Tom Thomas « 2015 – Situation et perspectives »

Le réformisme est une tendance qui a toujours existé chez les prolétaires (et bien sûr ailleurs dans les diverses fractions de la bourgeoisie dites « républicaines » ou « de gauche »). Sa caractéristique générale consiste à orienter et limiter les luttes à l’obtention d’améliorations matérielles (le « niveau de vie » selon l’expression générale, comme si celui-ci ne concernait pas aussi la richesse des activités et des besoins). Améliorations du rapport salarial, qui ne peuvent évidemment qu’être limitées par la reproduction de ce rapport, c’est-à-dire la continuation de la valorisation du capital. Celle-ci, la « croissance » (l’accumulation du capital), étant la condition même de ces améliorations. Autrement dit, non seulement elles sont limitées quantitativement (la part du produit qui va au capital s’accroissant nécessairement toujours plus, avec son accumulation, que celle qui va aux prolétaires), mais aussi qualitativement : si la consommation s’élève, c’est en grande partie pour répondre aux besoins aliénés générés et stimulés par le capitalisme, et en même temps il y a une profonde détérioration des besoins immatériels, le travail prolétaire étant vidé de toute qualité, devenant lui aussi de plus en plus aliéné et répulsif avec les progrès de la machinerie.

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BREF REGARD SUR LE PASSÉ

Publié par on Nov 9, 2015 dans Blog | 1 commentaire

BREF REGARD SUR LE PASSÉ

CHAPITRE 1 du dernier livre de Tom Thomas « 2015 – Situation et perspectives »

Selon Marx et Engels, les bourgeoisies d’autrefois craignaient fort « un spectre qui hante l’Europe : le spectre du communisme ». Aujourd’hui encore elles ont et donnent du communisme une image d’autant plus diaboliquement spectrale qu’elles ont bien cru qu’il les anéantirait, et que la crise pourrait bien le faire sortir de sa léthargie.

En écrivant Le Manifeste du parti communiste en 1848, les deux amis démolirent ces « contes » débiles de la bourgeoisie. Ils le firent avec brio en montrant les fondements réels du communisme, ses caractéristiques générales, sa nécessité historique. Cependant, et pour son plus grand malheur [1], le mouvement communiste prit d’abord le pouvoir d’État dans des situations impossibles (l’éphémère Commune de Paris) ou terriblement défavorables (URSS, Chine) pour qu’il puisse aller jusqu’à son terme : l’abolition de la condition de prolétaire (qui est évidemment en même temps celle de la bourgeoisie). Autrement dit, l’abolition du rapport social spécifique de domination et d’appropriation qu’est le capital.

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CRISE POLITIQUE OU RÉVOLUTION POLITIQUE : RENFORCER OU ABOLIR L’ÉTAT BOURGEOIS ?

Publié par on Août 3, 2015 dans Blog | 0 commentaire

CRISE POLITIQUE OU RÉVOLUTION POLITIQUE : RENFORCER OU ABOLIR L’ÉTAT BOURGEOIS ?

CHAPITRE 5 du livre de Tom Thomas « La montée des extrêmes »

En France, comme ailleurs en Europe, il est assez probable que, la situation du peuple s’aggravant, les forces politiques traditionnelles de l’alternance droite-gauche, qui, depuis longtemps, ne constituent plus une alternative, soient déconsidérées au point d’avoir à céder la place à l’une de ces forces qu’elles qualifient de « populistes », « protestataires », « extrémistes ». Ce qui serait la manifestation d’une modification de la domination qu’exerce la grande bourgeoisie dans son alliance de classe traditionnelle avec les « couches moyennes » et une partie du prolétariat. Alliance qu’organise cahin-caha le système d’État dit démocratique puisqu’elle est une condition de son existence sous cette forme qui a l’avantage de faire croire que cet État est l’exécuteur de la volonté populaire.

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LA GAUCHE EXTRÊME ET LA CRISE

Publié par on Mai 13, 2015 dans Blog | 1 commentaire

LA GAUCHE EXTRÊME ET LA CRISE

CHAPITRE 4 du livre de Tom Thomas « La montée des extrêmes »

Le Front de Gauche (FG) en France est typique de ces partis qui, en Europe notamment, tentent à la faveur de la crise de revivifier la vieille idéologie réformiste-étatiste et ses programmes dits « de gauche », qui faisaient autrefois la fortune des partis, dits « communistes », de type stalinien.

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LA DROITE EXTRÊME ET LA CRISE

Publié par on Mar 18, 2015 dans Blog | 0 commentaire

LA DROITE EXTRÊME ET LA CRISE

CHAPITRE 3 du livre de Tom Thomas « La montée des extrêmes »

Les fascismes des années 3029, en Allemagne comme en Italie, ne furent pas initialement une création de la bourgeoisie, qui y avait déjà écrasé les insurrections prolétaires d’après-guerre, mais essentiellement un surgissement « d’en bas »30, une manifestation de l’enragement d’une masse hétéroclite d’individus, causé par la crise et accentué par le sentiment d’avoir été injustement désavantagés et maltraités par les traités d’après-guerre.

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CAPITALISME ET TOTALITARISME

Publié par on Fév 1, 2015 dans Blog | 0 commentaire

CAPITALISME ET TOTALITARISME

CHAPITRE 2 du livre de Tom Thomas « La montée des extrêmes »

Cette crise ne crée pas la tendance au totalitarisme, elle la renforce. Je n’ignore pas ce que ce mot a de flou dans le langage courant, puisqu’il a été utilisé pour désigner plusieurs occurrences dans l’histoire moderne. Avant 1945 par exemple, il désignait les divers fascismes, puis, par un rapide retournement dû notamment à la guerre froide, le soi-disant communisme stalinien4. Mais flou aussi, et même surtout, parce que, on le verra plus loin, les idéologues qui ont popularisé cet usage – telle Hannah Arendt, souvent citée comme référence en la matière – n’en ont fait qu’un concept bâtard, qui n’oppose que deux formes, deux modes de fonctionnement de l’État du capitalisme, sans voir ce qui les relie profondément au-delà de cette opposition. Ils ne désignent par « totalitaire » qu’une domination étatique ouvertement et pleinement despotique5, policière, sous la férule brutale d’un parti unique et de son chef. Ils présentent comme antagoniques totalitarisme et démocratie bourgeoise alors qu’il ne s’agit que de deux formes politiques de la même domination du capital (c’est-à-dire des exigences de sa valorisation, qui est son existence), de la façon dont son État contribue à sa reproduction, son accumulation.

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2015 – SITUATION ET PERSPECTIVES

Publié par on Jan 1, 2015 dans Blog | 0 commentaire

2015 – SITUATION ET PERSPECTIVES

Parution du dernier livre de Tom Thomas sur la situation et les perspectives en 2015 aux éditions Jubarte, il est disponible à la librairie du Point du Jour (58 rue Gay-Lussac 75005 Paris, tel: 01 43 26 20 17, courriel: librairie-lpj@wanadoo.fr) au prix de 5 euros.

QUATRIEME DE COUVERTURE

Les deux conditions nécessaires au succès d’un processus révolutionnaire communiste sont aujourd’hui réunies. D’une part, l’épuisement historique de la croissance capitaliste sape les fondements matériels de la vieille domination de l’idéologie bourgeoise, dite réformiste ou « de gauche », sur les luttes sociales. D’autre part, les conditions matérielles permettant d’engager un tel mouvement contre les tentatives désespérées de promouvoir à tout prix cette croissance, qui ne peuvent mener qu’à des désastres sans précédent, existent. Dans cette situation, toute nouvelle dans l’histoire, reste à construire la force organisée nécessaire à la mise en œuvre de ce processus.

 

THÈSES SUR LA SITUATION CONTEMPORAINE

Publié par on Déc 17, 2014 dans Blog | 0 commentaire

THÈSES SUR LA SITUATION CONTEMPORAINE

CHAPITRE 1 du livre de Tom Thomas « La montée des extrêmes »

La crise politique qu’engendre indubitablement la crise économique actuelle peut effectivement accoucher de l’arrivée au pouvoir d’un de ces extrémismes étatiques, dits populistes par celles et ceux qui seraient ainsi remplacés. Pour comprendre l’impasse, l’échec inéluctable et catastrophique d’un tel scénario, il convient d’abord de rappeler, en les résumant très brièvement, les principaux résultats de l’analyse de la crise contemporaine2.

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LA MONTEE DES EXTREMES

Publié par on Nov 3, 2014 dans Blog | 0 commentaire

LA MONTEE DES EXTREMES

INTRODUCTION du dernier livre de Tom Thomas « La montée des extrêmes »

A propos du « populisme »

La crise économique génère rapidement sous nos yeux une crise politique. Crise relative à l’État donc, qui ne peut plus, comme le peuple croit généralement que c’est son rôle, assurer la croissance, l’emploi, le niveau de vie, la santé, bref « le progrès » dans le bien-être général. Les partis traditionnels dits de droite ou de gauche qui se succèdent régulièrement au gouvernement, et plus généralement les « élites » politico-médiatiques et patronales, sont déconsidérés chaque jour davantage.

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